Tout au milieu du monde

tout-milieu-mondeTitre : Tout au milieu du monde

Auteurs : Julien Bétan – Mathieu Rivero

Illustrateur : Melchior Ascaride

Éditeur : Les moutons électriques 

Genre(s) : roman illustré ésotérique

Nombre de pages : 144

Un village prospère dont la relique sacrée pourrit. Un chamane vieillissant, qui n’attend plus ni visions ni voyages. Un espoir de sauver son peuple de la malédiction ; un ossuaire mythique, où vont mourir les géants. Pour le trouver, de bien étranges sentiers, à la lisière de la magie et du rêve.
Fable atemporelle, fantasy protohistorique, hommage à l’âge d’or du récit fantastique, Tout au milieu du monde est un peu de tout ça, et bien plus encore : magnifié par les illustrations de Melchior Ascaride (prix Imaginales 2016), ce court roman graphique à la puissance rare convoque un monde oublié, dont l’écho nous parvient pourtant avec force. Alternant noirceur, lumière et fulgurantes visions, ce court roman n’hésite pas à saisir le lecteur par les tripes en utilisant un langage puissant.

Mon avis

J’ai d’abord été attirée par la couverture de ce livre, je l’ai feuilleté, et à partir de cet instant, je n’avais plus qu’une idée en tête : le lire au plus vite ! En effet, cet objet-livre n’est pas commun. Le texte s’allie sur tout l’ouvrage à des illustrations en bichromie rouge-noir, représentations s’inspirant de l’art pariétal protohistorique. L’ambiance que cet ouvrage dégage est mystique, promettant un voyage initiatique au cœur des anciennes croyances.

Amouko est chamane dans un village prospère. Depuis quelque temps cependant, la relique qui donne à l’endroit sa fertilité et sa richesse pourrit. Amouko a beau lui offrir des sacrifices lors de rituels sacrés, rien n’y fait. Il va donc devoir la remplacer avant que son peuple et leurs terres ne se meurent. Il va emmener dans sa quête son disciple, le jeune Ushang, et une guerrière du village, Soha. Ensemble, ils commencent un voyage vers la plaine des ossements, où ils espèrent trouver une nouvelle relique. Un périple physique et mental qui leur permettra peut-être de sauver les leurs…ou de les mener à leur perte.

J’ai beaucoup aimé cette histoire qui nous fait découvrir une société protohistorique : on explore leurs habitudes de vie, leurs croyances, le fonctionnement et la hiérarchie d’un village, bref, tout ce qui fait le quotidien à cette époque. Les trois protagonistes font partie de trois « factions » différentes. Amouko est le chamane, l’autorité spirituelle, la personne vers qui les gens se tournent pour trouver des solutions quand il y a un problème. Ushang, même s’il est également chamane, n’est qu’un apprenti. Il fait partie des jeunes du village, il doit encore tout apprendre et ne se sent pas prêt à prendre la relève et à embrasser sa carrière de guide spirituel. Shoa est quant à elle une habitante du village. Guerrière, chasseuse, cueilleuse, artisane, elle semble capable de tout faire des tâches du quotidien.

Leur quête est essentielle à la survie de leur entourage : sans une nouvelle relique, le village et ses alentours dépériront. Le trio se rend vite compte en voyageant qu’ils ne sont pas les seuls touchés par le malheur et que l’enjeu de leur quête est bien plus important. Le monde se meurt. Comment régler cette situation quand on est à peine trois?

J’ai adoré suivre l’évolution des personnages. Leur voyage n’est pas seulement une épreuve physique, mais également psychique, voire mystique. Ils vont tous apprendre à se surpasser pour le bien commun, mais aussi à explorer leurs limites. C’est surtout grâce au développement du don d’Ushang que le récit évolue. Il prend petit à petit de l’assurance, il se laisse guider par son instinct et s’ouvre à un nouveau monde de ressentis, un lien spécial avec le monde des esprits, qui l’aide à trouver ses marques dans un environnement inconnu et hostile. On ressent avec Amouko la fierté mêlée de jalousie pour son disciple. Et l’aura protectrice de Soha, qui veille comme une mère.

Les illustrations et le texte fonctionnent merveilleusement bien ensemble. Les mots se fondent dans les dessins, se plient aux formes qui les entourent. Parfois, quand des détails manquent au texte, l’illustration nous fournit l’information absente, et inversement. Les dessins fonctionnent en symbiose avec les mots : voir le dessin ne permet pas de comprendre tout ce qui se déroule et lire le texte ne veut pas dire voir tout ce que les auteurs ont voulus montrer. Les deux sont intrinsèquement liés.

Le texte, qui remplit les pages au début de l’ouvrage, se fait de plus en plus rare et finit par disparaître dans les dernières pages pour laisser place aux illustrations uniquement. J’ai beaucoup aimé cette façon de conclure l’histoire, déjà parce qu’elle laisse pas mal de place à l’interprétation, mais aussi parce que certains événements de la fin nous laissent sans voix et je trouve qu’avoir seulement les dessins retranscrit bien notre sentiment de lecteur à ce moment.

Citations

« La dent pourrit, mais Amouko sait d’où elle provient. Posma lui a parlé de la plaine des ossements, là où les géants sont allés mourir en silence. Là où il a trouvé ce crâne titanesque, parmi les carcasses blanchies. Empreints d’émotion, les mots sont restés gravés dans la mémoire du chamane : « Comme le centre d’un flocon  de neige. Le milieu des choses, la face blanche de l’araignée dans le ciel nocturne. La terre semblait vibrer sous mes pieds, et je savais ce qui causait cette pulsation. »

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Conclusion

J’ai adoré ce petit livre, que ce soit pour l’histoire très originale, entre croyances anciennes et quête impossible, pour le trio de personnages atypiques, mais surtout pour la beauté du texte et de l’image. L’alliance des deux fonctionne magistralement bien et donne une expérience de lecture inédite et innovante !

coup de coeur

#FungiLumini

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10 réflexions sur “Tout au milieu du monde

  1. J’aime beaucoup les livres illustrés et les illustrations que tu montres donnent envie. J’apprécie également les personnages qui évoluent au fil de l’intrigue. Et j’ai bien envie de découvrir cette société…
    Le livre me faisait déjà de l’œil, mais maintenant je suis certaine de l’acheter 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: #66 C’est lundi ! Que lisez-vous ? | Livraisons Littéraires

    • Le contexte était très original par rapport à ce qu’on trouve en littérature actuellement. C’est vrai que la fin laisse beaucoup de place à l’interprétation 😀 Mais personnellement, ça m’a beaucoup plu 🙂 (Mais on ne peut pas en parler en commentaire parce qu’on risque de spoil des gens :p )

      Aimé par 1 personne

  3. Pingback: Tout au milieu du monde par Collectif | Le monde d'Elhyandra

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