Le Songe d’Adam

74dde39f-edc9-472c-8729-f0e643276e06_1.bafc7e9cb54d48735f90ec6729d2c4a0Titre : Le Songe d’Adam

Auteur : John Ethan Py

Illustratrice : Magali Villeneuve

Éditeur : L’Homme sans Nom

Genre(s) : fantastique

Nombre de pages : 398

Une vieille légende raconte qu’il existerait, dissimulé au plus profond de la Forêt-Noire, un arbre d’une telle puissance qu’il serait capable de ressusciter les morts.

L’ancestrale abbaye de Gottenberg, reconvertie en bibliothèque pour érudits, est le théâtre de vols étranges de manuscrits. Et lorsque Hugo Wagner, hanté par le souvenir de sa défunte épouse, et sa fille, Morgane, emménagent dans un petit chalet isolé au cœur de la Forêt-Noire, tous deux sont loin de se douter du cauchemar qui les attend.

Très vite, Morgane est assaillie de visions terrifiantes… Quant à Hugo, sa rencontre avec un pasteur obsédé par le poète Novalis va le conduire sur la piste d’une vieille légende aussi incroyable qu’effrayante. Confrontés à d’antiques mythes germaniques, Hugo et sa fille vont devoir comprendre les puissances qui sont à l’œuvre sur ces terres de ténèbres pour avoir une chance de s’en protéger.

Mon avis

Ayant eu un énorme coup de cœur pour Le Miroir de Peter, j’avais très envie de découvrir l’auteur dans un autre texte. J’adore l’illustration de couverture de ce roman, sombre et mystérieuse, sur laquelle la forêt semble cacher de sombres secrets. J’ai acheté ce livre à la Foire du Livre de Bruxelles il y a 2 ans : quand l’auteur a commencé à m’en parler, il m’a mentionné Novalis, ce qui ne m’a pas vraiment fait rêver. xD J’ai étudié la littérature allemande pendant 5 ans, et cet auteur ne m’avait pas vraiment positivement marquée, mais je n’avais pas étudié ses poèmes. Ce one-shot fut une belle découverte ! Je l’ai sorti de ma PAL pour le #pumpkinautumnchallenge dans la catégorie « Mon voisin le kodoma », mais il aurait très bien pu aller aussi dans « Misty Day ».

On y suit Hugo et Morgane, père et fille, qui viennent s’installer en pleine Forêt Noire pour qu’Hugo puisse accéder aux ouvrages de la bibliothèque de Gottenberg, et ainsi finaliser sa thèse sur Dionysos. En arrivant, ils se perdent sur une route qu’aucune carte ne semble indiquer et percutent presque un cerf très mal en point. Ceci est le début d’événements plus étranges encore. La Forêt renferme de sombres secrets que le duo va découvrir de gré…ou de force.

Le poids de la forêt qui entoure leur chalet est lourd : l’air est empreint d’une sombre magie, des créatures étonnantes y rodent et l’ambiance y est pesante, teintée d’une inquiétante étrangeté. Morgane est presque tout le temps seule chez elle, au milieu des bois. La jeune fille y fait d’horribles cauchemars desquels elle garde des séquelles en se réveillant. Elle découvre une carrière derrière le chalet et cet endroit devient son terrain de jeu, dans lequel elle laisse son imagination débridée la guider. C’est une artiste, elle dessine, découpe, peint, crée des œuvres qui deviennent de plus en plus lugubres, voire angoissantes. Son père est cependant trop absorbé par sa thèse, mais aussi par ses recherches, pour y prêter attention.

Ces recherches, ce sont celles qu’il mène avec son ami pasteur concernant la légende de Johannes et de l’arbre de résurrection. Tous deux ont perdu leur femme dans des circonstances tragiques et rêvent de trouver un moyen de la ramener à la vie. Cependant, plus on en apprend sur l’arbre miraculeux, plus on se rend compte que le prix à payer pour bénéficier de cette magie est bien trop lourd…

Le duo de protagonistes est assez difficile à cerner, car le père et la fille ont des comportements fort changeants, quand ils sont seuls, mais aussi ensemble. La Forêt a une emprise forte sur leurs humeurs et l’isolement ne les aide pas à se retrouver. À part le pasteur et le voisin, les autres personnages sont plutôt effacés.

Si j’ai bien aimé découvrir les légendes et le folklore de la région, j’ai parfois trouvé que l’auteur tirait un peu trop en longueur ses explications, faisant preuve d’une très grande érudition sur une variété impressionnante de sujets, mais alourdissant aussi le rythme de la lecture. C’est un ressenti de lecture qui est peut-être due à mon parcours personnel : ayant étudié la littérature générale, puis plus spécifiquement allemande, beaucoup d’éléments m’étaient déjà connus et donc me paraissaient accessoires à préciser ou en surnombre.

La limite entre le réel et le rêve/cauchemar y est très fine. Le lecteur doute au départ beaucoup : est-ce que le personnage imagine ce qui se déroule ou cela arrive-t-il réellement ? J’ai beaucoup aimé les scènes plus trashs, dans lesquelles l’horreur était bien présente et la folie à son paroxysme ! C’est la fin du livre qui fait vraiment basculer ce roman dans l’imaginaire.

Citations

« L’humanité a toujours cru que c’était dans la connaissance du monde qu’elle pouvait déceler le sens, que la signification véritable pouvait émerger de la seule connaissance, de la lumière. Or c’est bien là la plus grande erreur que nous puissions commettre. Car c’est précisément dans ce qui nous reste mystérieux et voilé que le monde, la terre, prennent leur signification. Sans mystère, pas de sens. »

« Qu’étais-je, moi, sans cet être que j’avais aimé ? À quoi bon mes pensées, mon humour  dont on se félicitait, si je n’avais plus personne à faire rire ? Tout ce que j’étais était devenu inutile, vide, car la personne à qui tout cela était destiné n’était plus. »

« Les légendes sont réalité, Hugo, leur tissu s’est ici défait pour livrer un phénomène réel. Nous ne sommes plus en face de textes qui nous racontent des histoires, nous n’avons pas exhumé un des plus vieux récits fondateurs que l’homme ait créés pour justifier son existence sur Terre, nous sommes en face d’une réalité qui crée justement ces mythes. »

Conclusion

Un roman atypique à l’ambiance très particulière : une forêt pleine de sombres secrets étend son emprise pesante sur les deux protagonistes, faisant régner une atmosphère angoissante, teintée de folie  et à la limite entre la réalité et le cauchemar. Un livre très (trop?) documenté qui nous fait découvrir le folklore allemand, mais aussi d’autres mythologies. Une lecture dense, mais captivante.

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#FungiLumini

9 réflexions sur “Le Songe d’Adam

  1. Ta critique est bien intrigante ! J’ai aussi beaucoup étudié la littérature allemande, mais j’avoue que je ne rappelle presque rien de Novalis…
    Depuis des années, j’ai un autre roman de cet auteur dans ma bibliothèque mais John Ethan Py m’avait fait tellement peur quand il me l’avait présenté (il en a rajouté des tonnes !) que je n’ai jamais osé le commencer !

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    • Haha l’auteur qui effraie littéralement les lecteurs, pas sûre que ce soit la meilleure technique de vente 😀 C’est Chesstomb que tu as ? (je l’ai acheté cette année aux Haliennales :p)

      Pour Novalis, j’avais eu un cours sur la vision de l’Europe par différents auteurs allemands, et il était dedans, mais ce contenu m’avait profondément ennuyé :p heureusement que ses poèmes sont plus chouettes !

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    • Oui, c’est « Chesstomb » ! J’attendrai ta critique avant de me plonger dedans (plein de précautions valent mieux qu’une…), mais en même temps je suis plutôt peureuse, alors il n’a pas eu besoin de trop insister pour me terrifier (et puis j’ai quand même acheté son livre, mine de rien !).

      Aimé par 1 personne

  2. J’ai aimé l’ambiguïté du texte mais je suis d’accord avec toi sur l’aspect trop érudit, inutilement érudit. Je comprends qu’il en ait eu envie mais du coup ce n’est pas un roman accessible à tous je trouve. Moi je l’ai apprécié mais pas dans un sens purement divertissant.
    Chouette retour en tout cas 😊

    Aimé par 1 personne

  3. Pingback: Le Songe d’Adam par Sébastien Péguin – Le monde d'Elhyandra

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