Dans le grand cercle du monde

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Titre : Dans le grand cercle du monde
Auteur : Joseph Boyden
Editeur : Le livre de poche
Prix littéraire : Prix littérature-monde étranger 2014
Genre : roman historique
Nombre de pages : 691
Mots-clés : Indiens, Canada, jésuite, Iroquois, Wendat, Huron, France

Quatrième de couverture

Un jeune jésuite français venu en Nouvelle-France pour évangéliser les Indiens est abandonné par ses guides et capturé par les Hurons en même temps qu’une jeune Iroquoise.

Après Le Chemin des âmes et Les Saisons de la solitude qui l’ont imposé parmi les grands écrivains canadiens contemporains, Joseph Boyden poursuit une œuvre ambitieuse. Situé dans les espaces sauvages du Canada du XVIIe siècle, ce roman épique, empreint tout à la fois de beauté et de violence, est d’ores et déjà considéré comme un chef-d’œuvre.

Trois voix tissent l’écheveau d’une fresque où se confrontent les traditions et les cultures : celle d’un jeune jésuite français, d’un chef de guerre huron, et d’une captive iroquoise. Trois personnages réunis par les circonstances, divisés par leur appartenance. Car chacun mène sa propre guerre : l’un pour convertir les Indiens au christianisme, les autres, bien qu’ennemis, pour s’allier ou chasser ces « Corbeaux » venus prêcher sur leur terre. Trois destins scellés à jamais dans un monde sur le point de basculer.

Mon avis

C’est lors qu’on lit des livres comme Dans le grand cercle du monde qu’on se dit qu’ils ont tellement de choses à nous apporter ! Ce roman fut non seulement agréable à lire pour son côté fiction, mais il le fut surtout pour son côté historique. En effet, Joseph Boyden a fait énormément de recherches pour pouvoir nous offrir ce roman qui revient sur la fin du peuple des Hurons/Wendat au Canada du 17e siècle.

Pour nous raconter cette histoire, l’auteur a choisi de donner une voix à trois personnages : Christophe, un jésuite français venu évangéliser les Sauvages ; Oiseau, le chef de guerre du village des Wendat ; Chute-de-Neige, une Iroquoise capturée par Oiseau et qui devient ensuite sa fille adoptive. Cette façon de faire nous permet de découvrir trois points de vues fort opposées et permet de confronter des façons de vivre et de penser radicalement différentes.

  • Christophe arrive avec tous ses préjugés et ses croyances catholiques fort fermées sur les terres des Indiens. Surnommé « Corbeau » à cause de ses vêtements noirs et de ses pratiques funéraires catholiques (les prêtres vont d’un mort à l’autre pour les signer à l’image d’un corbeau qui saute d’un cadavre à un autre), il a du mal à se faire accepter des habitants du village à cause de sa mission, mais aussi à cause de la barrière linguistique – du moins au début. Lire son histoire, c’est aussi découvrir comment les Occidentaux s’y prenaient pour enseigner leur religion : pour se faire comprendre des populations, les prêtres empruntaient les croyances locales et les réarrangeaient à leur manière. Par exemple, Dieu prend dans le roman le nom de « Grand Génie ».

  • Oiseau nous dévoile, quant à lui, le caractère guerrier des Indiens. Par son biais, on vit non seulement les batailles qui opposent les Wendat aux Iroquois, mais on vit également les rites funéraires, les échanges commerciaux avec les Français, les prises de décisions vitales pour le village et enfin les relations humaines entre époux/épouse, veuf/maitresse et père/fille. C’est grâce à ce personnage en particulier que l’on plonge pleinement dans la culture Wendat.

  • Enfin, avec Chute-de-Neige, on aborde l’histoire d’un point de vue féminin. On découvre ainsi la vie des femmes au sein de la communauté et le début des histoires d’amour entre jeunes. Ce n’est pourtant pas l’unique aspect que nous apporte la jeune fille. En effet, on découvre également par son biais le traitement des prisonniers de guerre. Ceci nous permet de comprendre une dimension fort étrangère à nos coutumes occidentales où la vengeance et l’amour se confondent.

Ces éléments ne sont qu’une partie de tout ce qui est abordé dans le livre. Mais, cette confrontation des cultures est sans aucun doute ce qui est le plus marquant et qui retient le plus notre intérêt tout au long de la lecture. Fermées, ouvertes, aimantes, haineuses, elles se confrontent, s’affrontent et se mélangent l’une l’autre au gré des interactions entre les différents acteurs. Même si Dans le grand cercle du monde est une peinture des siècles passés, cette caractéristique reste encore et toujours d’actualité dans nos sociétés contemporaines qui tendent à se confondre de plus en plus. Ce roman témoigne ainsi d’une universalité passée mais également moderne.

Outre la division en trois points de vue évoquée plus haut, le roman est également divisé en trois grandes parties :

  • la première s’intéresse à décrire la rencontre des trois protagonistes et leur manière de s’habituer à leur nouvelle vie  ;

  • la deuxième décrit la vie quotidienne au sein du village ;
  • et la dernière partie raconte la fin du village et du peuple des Wendat.

Une dizaine d’années sépare la première partie de la dernière et nous permet de nous attacher aux trois protagonistes puisqu’on les voit évoluer sur le long terme. Si les deux premières parties paraissent très lentes du fait que l’on observe principalement le quotidien du village, elles sont tout de même essentielles pour comprendre les us et coutumes des Indiens et pour découvrir chaque personnage dans sa singularité. Ce n’est qu’à la fin de la deuxième partie que le roman devient réellement addictif et qu’il devient difficile de le lâcher!

J’ai beaucoup aimé de manière générale l’écriture de l’auteur. Tout d’abord, il est important de savoir que la narration est faite à la première personne du singulier ! En alternant les points de vue entre chaque chapitre, on emprunte ainsi le regard et la voix des trois protagonistes. La narration est réalisée au présent de l’indicatif, ce qui nous permet de vivre l’histoire en temps réel, comme si nous y étions réellement. Les phrases, plutôt courtes, donnent l’impression de suivre le regard des personnages et offrent un réalisme puissant qui immerge entièrement le lecteur dans le quotidien des Hurons.

Si j’ai été transportée du début à la fin par ce livre, j’ai malgré tout une critique importante à faire à son sujet : à plusieurs moments, il y a des problèmes de syntaxe. Cette erreur de traduction et cet oubli de correction m’ont principalement dérangée au début du roman. Heureusement, ce souci se disperse petit à petit et devient rare au fil des pages. Voici un exemple de ce type de phrase : (il s’agit du début d’un paragraphe) « Christophe Corbeau, au moins, n’a pas changé, qui nous a accueillis quand nous sommes entrés en titubant, le visage bleui de froid. »

Citation

« – Les paroles de ton wampum sont à l’opposé de nos croyances, déclare Petit Oie comme si elle ne m’avait pas entendu.

  • Qu’est-ce que tu veux dire ?
  • Ton wampum affirme que tout dans le monde a été créé pour le bénéfice de l’homme. Ton wampun affirme que l’homme est le maitre et que tous les animaux sont nés pour le servir.
  • Et ce n’est pas vrai ? »

Elle secoue la tête, sourit. « Notre monde n’est pas le même que le tien. Les animaux de la forêt ne se donnent à nous que s’ils jugent bon de le faire.

  • Tu prétends donc que les animaux sont capables de raison ? Qu’ils ont une conscience ?
  • Je dis que les humains sont les seuls dans ce monde à avoir besoin de tout ce qu’il contient. »

Petite Oie lâche la natte d’Isaac. « Or, ce monde ne contient rien qui ait besoin de nous pour survivre. Nous ne sommes pas les maitres de la terre. Nous en sommes les serviteurs. »

Conclusion

Dans le grand cercle du monde est sans aucun doute l’un des meilleurs romans historiques contemporains. Avec des éléments historiques véridiques et une histoire fictionnelle parfaite, on découvre et on s’attache à la culture des Hurons-Wendat du 17e siècle. L’auteur mérite pleinement le prix littérature-monde qu’il a obtenu en 2014 !

Par le biais de cette lecture, j’ai appris un nombre incroyable de choses, mais j’ai surtout passé un moment magique en compagnie de Christophe, Oiseau, Chutes-de-Neiges et de tous les autres personnages. Si l’aspect « tranche de vie » pourrait rebuter certaines personnes, je l’ai personnellement beaucoup aimé car cela m’a permis de vivre une expérience émotionnelle inoubliable, simplement à travers les lignes d’un livre.

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2 réflexions sur “Dans le grand cercle du monde

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