La Forêt des araignées tristes

la-foret-des-araignees-tristesTitre : La Forêt des araignées tristes

Auteur : Colin Heine

Illustrateur : Dogan Oztel

Éditeur : ActuSF

Genre(s) : fantasy urbaine

Nombre de pages : 487

Bastien est paléontologue : sa spécialité ? Étudier les créatures étranges qui naissent de la vape, ce mystérieux brouillard aux propriétés énergétiques extraordinaires qui a recouvert le monde et menace de l’engloutir un peu plus chaque jour. Tour à tour victime d’un dramatique accident en apparence banal duquel il réchappe de justesse et témoin d’un attentat, où sa survie ne tient à nouveau qu’à un fil, il voit son destin basculer. Le voilà pris dans l’engrenage d’une affaire d’espionnage d’envergure internationale, sous les feux croisés d’une société secrète d’assassins, de brutes armées et d’une agence de détectives aux méthodes douteuses. Sans compter qu’une créature cauchemardesque, tout droit venue des Vaineterres, ces zones perdues dans un océan de vape, semble bien décidée à lui faire la peau…

Mon avis

Je remercie ActuSF pour l’envoi de ce service-presse ! J’adore découvrir de nouvelles plumes francophones de l’imaginaire et des premiers romans, et celui-ci m’a surprise à bien des égards. La couverture du roman est magnifique (bien qu’un peu effrayante, avec cette grosse araignée en arrière-plan :D), ambiance steampunk végétal envoûtant. ActuSF a sorti un super article pour expliquer la conception de cette couverture de A à Z, je vous invite à le découvrir ! Et comme c’est un premier roman, les éditeurs ont également expliqué ici pourquoi ils ont choisi de l’éditer.

Il m’a fallu du temps pour lire ce roman, car c’est un livre assez dense. L’auteur y dévoile un monde totalement à part, noyé sous la vape, une fumée créée par la consommation excessive d’ignium par la société. La civilisation s’est regroupée en grandes villes, endroit où la vape est évacuée (notamment grâce à des machines alimentées à  l’ignium, j’ai tendance à penser que l’auteur se moque un peu de notre mode de vie actuel 😉 ), et dont les points principaux sont de grands piliers. La haute société vit en hauteur, alors que le bas peuple se contente du bas. Si j’ai adoré découvrir ce monde, j’ai trouvé cela dommage qu’on visite surtout les villes et qu’on passe si peu de temps à explorer la vape et à étudier les mystérieuses créatures qui l’habitent. Un roman dans le même univers, mais avec des protagonistes aventuriers/explorateurs, pourrait être super intéressant !

On voyage entre quatre points de vue principaux, destins qui vont se croiser, s’éloigner pour se retrouver à nouveau. Il y a d’abord Bastien, paléontologue, qui manque de mourir dans un « accident » de gargouilles. En reparlant de l’incident avec sa gouvernante Agathe, il se rend compte qu’un détail cloche et va pousser l’enquête plus loin. On suit ensuite Ernest, explorateur de la vape et fournisseur officiel d’objets étranges à Bastien. Pour sa prochaine mission, on lui colle monsieur Hargne, dont il ne peut connaître l’objectif, mais à qui il devra obéir. On a ensuite Anatole, fleuriste psychopathe, qui, pour se lancer un défi, passe un pacte avec les mystérieux horlogers. Angela quant à elle fait partie du bas peuple et assiste aux premières loges aux révoltes populaires.

J’ai été fascinée par la façon dont l’auteur développe chacun de ses personnages. J’adore connaître des tranches de vie, des détails qui paraissent insignifiants, mais qui apportent beaucoup à la construction de la psychologie de chaque personnage. C’est entre autres pourquoi j’adore lire Stephen King, et ce procédé narratif, je l’ai retrouvé ici ! On s’attache dès lors beaucoup plus aux personnages, du plus adorable au plus méprisant. J’avais pour ma part une petite préférence pour le duo Bastien/Agathe, tout en tendresse et bienveillance l’un envers l’autre, même si leur façon de l’exprimer ne le montrait pas forcément.

L’auteur nous propose une intrigue complexe, dans une chorale de points de vue, dans laquelle le lecteur doit essayer de ressortir les éléments importants, les indices qui le mèneront à la résolution finale. Le tout est plongé dans un contexte général de soulèvement populaire, de révolution, d’exploration sauvage… J’ai parfois trouvé certaines longueurs, surtout dans les discussions autour de la marche à suivre pour la suite des événements. Je n’ai cependant presque jamais réussi à voir les indices qui étaient devant mes yeux depuis le début, ce que j’ai trouvé assez génial !

En lisant ce roman, j’ai eu l’impression d’être dans un laboratoire littéraire et d’assister à des expériences diverses et variées, au niveau du style, des effets, de la narration… J’ai par exemple adoré le fait que, quand Bastien est dans un moment de fuite et de peur intense, on sort de sa perspective pour se retrouver comme dans sa conscience externe : nous entendons un cri qui vient d’autre part, mais qui se révèle être le sien, quand il  tombe, c’est le sol qui vient cogner son visage et non lui qui tombe. C’est un ressenti de lecteur assez compliqué à expliquer, lisez plutôt le livre. 😀 Ceci est un exemple qui m’a marquée, mais le roman en est truffé !

La fin (sans vous spoiler) laisse un goût de tristesse et de mélancolie sur les lèvres. Je pense d’ailleurs que c’est elle qui donne son titre au roman.

Citations

« L’amitié, l’inimitié, ce sont des choses qui dépassent notre entendement. Je me suis posé la question, moi aussi. Mais j’ai abandonné. Après tout, nous éveillons parfois chez les autres une sympathie que nous ne nous expliquons pas et dont nous profitons en toute simplicité. Il n’y a donc pas de raison pour que l’antipathie soit différente. »

« J’ai senti la fin, juste à côté de moi. Je l’ai vue à l’oeuvre sur cette jeune fille, sur son compagnon transpercé par les serres de cette bête devenue folle. Je l’ai entendue dans les cris de ceux qui chutaient, que le vide aspirait sans qu’ils pussent y faire quoi que ce soit, vers une mort certaine. Sa saveur m’a empli la bouche. Elle a un goût noir, un goût de poussière… « 

« Sa place était celle d’un homme qui devait se tenir aujourd’hui devant les ouvrières et leur expliquer qu’elles devaient détruire les machines. Cette place, il ne l’avait pas choisie, et il en était probablement conscient. Pourtant, il devait parler, il n’avait pas d’autre choix, car il n’en existait pas d’autres. La vue de cet homme qui n’avait pas davantage choisi son destin qu’elle et qui, pourtant, parlait de tout détruire pour échapper à la misère, fissura sa vision du monde. »

Conclusion

Un premier roman laboratoire littéraire : l’auteur nous emmène dans un monde à part, noyé dans la vape, il expérimente des procédés narratifs variés et pousse le lecteur à trouver lui-même les indices dans un contexte sociétal dense. La construction des personnages, proche de celle de Stephen King, fait, pour moi, la grande richesse de ce livre. Une lecture dense et intense !

extra1

#FungiLumini

7 réflexions sur “La Forêt des araignées tristes

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