L’Empire des Chimères

l-empire-des-chimeres-918811Titre : L’Empire des Chimères

Auteur : Philippe Aurèle Leroux

Illustrateur : Julien De Jaeger (couverture) et Héloïse Goude (illustrations intérieures)

Éditeur : Le Grimoire

Genre(s) : fantasy historique mythologique

Nombre de pages : 318

Le culte de Mithra se propage dans les légions romaines des Alpes. Le vétéran Decimus Valerius n’a d’autre choix que de s’y initier et d’en apprendre les mystères pour devenir, un jour, centurion.
La nuit, Briana, fille cadette du proconsul de Rhétie, observe d’étranges étoiles qui filent vers le Mons Caeli. A force de ténacité et de persuasion, elle parvient à obtenir l’autorisation de s’y rendre sous l’escorte de Decimus. Les ordres donnés à ce dernier sont clairs : la jeune femme ne doit jamais atteindre son objectif.
Gurnt est rejeté par les jeunes guerriers de son village qui n’acceptent pas son étrange apparence féline. Il lutte contre une violence sourde qui lui ronge le cœur, fait bouillir son sang, enchaîne son âme et obscurcit son avenir…
Alors que le Mons Caeli paraît être le point d’orgue de toutes les ambitions et de tous les secrets, se pourrait-il qu’il en soit aussi l’origine ?

Mon avis

Je remercie Philippe Aurèle Leroux et la maison d’édition pour l’envoi de ce livre ! J’avais découvert les éditions Le Grimoire aux Imaginales il y a deux ans : on leur avait commandé le Bestiaire de la Terre de Fangh, mais le reste de leur catalogue m’intriguait pas mal, notamment leur recueil de nouvelles accompagnées de pistes musicales. Les lecteurs pouvaient voter pour leur texte préféré et le vainqueur gagnait la publication de son roman dans l’univers de sa nouvelle. L’auteur de ce livre est le premier gagnant de ce concours atypique, et j’avais donc hâte de découvrir quel univers avait remporté tant de succès auprès des lecteurs !

La première chose que je me suis dite en ouvrant l’enveloppe est « waouh« . L’objet-livre est d’une grande qualité : couverture pas cartonnée, mais assez épaisse, avec une magnifique illustration qui représente très bien le contenu de l’ouvrage. L’intérieur est tout aussi beau avec des filigranes au début et à la fin des chapitres et des illustrations noir et blanc à l’intérieur du livre !

Briana est fille de consul. Elle est fascinée par les astres et observe qu’énormément des étoiles filantes se dirigent vers le Mons Caeli. Elle arrive à convaincre sa famille de la laisser partir en expédition avec une escorte de légionnaires. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu : ils sont attaqués en chemin et elle est sauvée par un homme-lion, Gurnt. Longtemps rejeté par les gens de son village à cause de sa différence, Gurnt est un garçon de 11 ans avec des oreilles de lion, des crocs, des griffes au bout des mains et des pieds ainsi qu’une queue, et qui grandit beaucoup plus vite que les autres. Lorsque leur village est attaqué et les jeunes emmenés au Mons Caeli, Briana et Gurnt n’hésitent pas une seconde et partent tenter de percer les secrets de la mystérieuse forteresse. Y parviendront-ils? À quel prix?

Ce livre est le premier roman de l’auteur et ça se sent, non pas dans son style d’écriture, mais dans sa façon de prendre son lecteur par la main : dans son introduction, il prend le temps de nous expliquer les codes de lecture de ce roman et il propose un lexique très complet des termes latins ou typés de l’Antiquité à la fin du livre. Les titres de ces chapitres, en latin, sont sous-titrés par leur traduction. J’ai trouvé ces petites attentions sympathiques. 🙂

L’histoire se déroule durant l’Antiquité, à la période romaine. On sent que l’auteur a fait énormément de recherches (us et coutumes de l’époque, langage, etc) pour que son univers soit le plus vraisemblable possible. On aurait d’ailleurs pu croire qu’on se trouvait dans une fiction historique avant que Gurnt n’arrive ! Au fur et à mesure que le récit évolue, on découvre des éléments apparentés à la fantasy, à la mythologie… et même à la science-fiction ! Un mélange de genres original qui marche particulièrement bien ici.

Le récit se divise en deux parties importantes : la première est le voyage jusqu’au Mons Caeli et la découverte de ce qui s’y passe. On a qu’une envie, dévoiler enfin le secret lourdement gardé de la forteresse. Une fois qu’on sait ce qui s’y trame, la deuxième partie du récit va nous emmener dans la capitale, au cœur de l’action. Encore une fois, le suspense est à son comble : comment nos héros vont-ils bien pouvoir se sortir des situations dans lesquelles ils se sont mis? L’auteur présente toujours tous les passages-clés de l’histoire : si à un moment il fait une ellipse, il va revenir en arrière pour décrire la scène qu’on a ratée et découvrir ce qui s’est réellement déroulé dans l’ombre. La fin de l’ouvrage est surprenante, je n’aurais jamais cru en commençant le livre qu’on allait se retrouver si loin de notre point de départ au final !

Ce livre est avant tout un récit de voyage : Briana part pour le Mons Caeli, puis le duo et leurs nouveaux compagnons font encore pas mal de route ensemble. Leurs différents périples amènent des moments de joie et de convivialité comme des instants de péril et de violence. On y rencontre des créatures fantastiques, mais aussi des brigands et des traîtres. L’auteur n’a pas peur de décrire des scènes de violence, de torture (sans que ça devienne gore quand même :p ) et de sexe : après tout, la société romaine est souvent présentée comme assez libre et sans complexes. :p

Pour ce qui est des personnages, j’ai bien aimé Briana et Gurnt, duo mignon, mais un peu naïf. J’ai parfois trouvé un peu malsain le fait que Gurnt agisse comme un adulte, alors qu’il n’a que 11 ans. Même s’il est grand en taille, on ne gagne selon moi pas aussi vite en maturité. Si la condition de ce personnage, entre l’homme et la bête, m’a beaucoup touchée, c’est entre autres parce qu’elle a trouvé écho dans un conte raconté par Arp’had le passeur de mondes lors du Festival Valjoly’maginaire, qui m’avait énormément émue.  Au final, qui est le monstre : celui qui en a l’apparence ou celui qui en a les actions?

Decimus, le soldat qui accompagne Briana au début, est un personnage dont j’ai adoré la force de caractère et de conviction, mais que j’ai trouvé un peu trop changeant dans ses alliances. J’ai par contre détesté Primus le frère de Briana dès le début, un être très primaire, cruel, méchant et bête. Mais je pense que c’était le but de l’auteur. 😉

Citations

« – Quelle importance donnes-tu à ton projet d’expédition? interroge Numeria.
– Tu peux penser qu’il ne s’agit que d’une marotte, du passe-temps d’une jeune fille désœuvrée, commence Briana. J’ai fait l’acquisition de tous les manuscrits et rencontré tous les astronomes renommés auxquels j’ai pu avoir accès : rien ni personne ne m’a jamais indiqué avoir assisté à un tel phénomène. Il y a peut-être une vraie découverte à faire ! C’est vraiment très important pour moi. »

« Pendant que la troupe se prépare, Decimus réfléchit intensément à la manière de capturer l’homme-lion : de tout ce qu’il a vu jusqu’ici de la créature, elle n’abandonne pas facilement et ne recule pas devant l’obstacle. Il semble également au decanus que l’homme-lion tient beaucoup à Briana. Il ne l’a pas abandonnée quand elle est tombée dans la rivière et la scène durant laquelle il a bousculé la jeune femme ressemblait beaucoup à une crise de jalousie. Selon toute vraisemblance, il va venir ici pour essayer de la délivrer, ainsi que potentiellement tous les autres prisonniers. Son intuition lui souffle néanmoins que Briana sera sa cible privilégiée. »

Conclusion

Un mélange atypique de genres qui fonctionne particulièrement bien, un voyage pour découvrir les mystères du Mons Caeli…et y échapper ! Une incursion dans l’Antiquité grâce à un récit très bien documenté et à des illustrations noir et blanc pleine page. Une très belle découverte que ce livre !

extra1

#FungiLumini

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3 réflexions sur “L’Empire des Chimères

  1. Je tiens à remercier Fungi Lumini pour cette chronique particulièrement riche et complète malgré un emploi du temps très chargé.
    Une petite explication à propos de Gurnt et de son âge (11 ans) : un lion a une espérance de vie de 30 ans même en le préservant de la famine, des agressions de ses congénères et des autres dangers de la savane (éléphants, buffles, et autres). On peut donc considérer, compte-tenu de son patrimoine génétique mélangé, que Gurnt vieillit 1,5 fois plus vite qu’un homme normal, ce qui l’amène de 11 ans d’âge calendaire à près de 17 ans d’âge relatif (un lion est mature à l’âge de 4 ans au plus tard, par comparaison).
    Il faut également tenir compte qu’à l’époque de l’empire romain, on devenait un homme (ou une femme) beaucoup plus tôt qu’aujourd’hui : un « homme » pouvait se marier dès l’âge de 14 ans et une « femme » dès l’âge de 12 ans. A la mort de son père, un « homme » de 14 ans n’était plus mis sous tutelle (on ne prenait plus les décisions à sa place) mais sous curatelle (il avait un conseiller attitré, mais ce dernier ne pouvait pas s’opposer aux décisions de l’enfant).
    Tout ce que je raconte des us et coutumes au IIe siècle ap JC a été vérifié auprès de plusieurs sources ; mon roman est beaucoup plus intéressant qu’un livre d’histoire mais il est aussi passionnant par son aspect historique 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour ces précisions. Comme Gurnt a une mère humaine, son développement accéléré me semblait avant tout physique, mais je comprends mieux ce choix maintenant 🙂 Encore un grand merci pour cette belle découverte ! 🙂

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  2. Pingback: #80 C’est lundi ! Que lisez-vous ? | Livraisons Littéraires

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