Déserteur

deserteur-boris_bergmannTitre : Déserteur

Auteur : Boris Bergmann

Éditeur : Calmann-Lévy

Genre(s) : roman, journal fictif

Nombre de pages : 228

Mots-clés : guerre, journal intime, terroristes, drones, hacker.

Qui se cache derrière le « Je » de ce journal intime ? Un jeune hacker talentueux en quête d’engagement, dans une France décharnée qui vient de déclarer la guerre au califat. Par désespoir amoureux, il décide de rejoindre l’armée. On lui confie aussitôt la programmation des drones qui survolent nos conflits, les ratissant « cliniquement ». Envoyé en mission sur une base militaire du Proche-Orient, il découvre alors de jeunes soldats à la ferveur broyée par l’inaction. Les drones mènent désormais la guerre à leur place. « Je », ostracisé, pianote à l’infini la défense d’un pays qui déshumanise le combat pour mieux tuer. 
 
En nous plongeant dans un futur si proche qu’il nous ressemble et dans les entrailles d’une jeunesse aux causes floutées, Boris Bergmann nous livre un roman aussi dompté qu’agile. Une lecture ardente servie par un style vif et ingénieux qui nous transporte dans une fascinante expérience de terrain où le sol ne fait que se dérober.

Mon avis

Tout d’abord, je remercie l’équipe Babelio et les éditions Calmann-Lévy pour ce livre obtenu lors de la dernière Masse critique Babelio ! C’est avec grand plaisir que j’ai découvert la plume de Boris Bergmann dans ce récit prenant.

Le récit – assez court – se passe dans un futur proche et est divisé en trois parties. La première raconte la vie parisienne du narrateur, hacker qui vit de ses méfaits mais qui va devenir un « honnête » citoyen en travaillant pour la Défense. Après quelques mois de travail bien fait, on lui propose de partir sur le terrain pour programmer les drones de guerre. La deuxième partie du roman se présente sous forme de journal, annoté jour après jour pendant les 4 mois que le protagoniste passe sur place. Il y raconte sa vie de soldat en marge des autres, la solitude qui l’étreint, les difficultés de la vie en communauté. Il dépeint cette guerre imperceptible et ce désert qui l’appelle sans cesse. La dernière partie est rédigée à la troisième personne et relate le voyage du protagoniste dans le désert. Le « Je » disparaît et prend du recul par rapport à son identité précédente.

Qui est le narrateur ? Nous ne connaissons jamais son identité de tout le roman. Tout ce que nous savons de lui, c’est ce qu’il écrit dans son journal sur sa vie, sur ce qu’il ressent et sur ses convictions idéologiques. A-t-on vraiment besoin du nom et prénom d’une personne pour s’identifier à elle? Ce roman nous prouve que non !

L’auteur a une plume très particulière : incisive et analytique, son écriture rend le récit à la fois bien réel – comme un accès direct aux pensées du personnage – mais aussi très poétique. Ses phrases sont des fragments : courtes mais percutantes. Même si le protagoniste a l’impression de rater la guerre en restant dans son camp au milieu du désert, le conflit est omniprésent dans le vocabulaire utilisé, dans les images proposées, dans les réflexions. Tous les éléments de la vie du narrateur se rapporte à un combat, à une lutte, mais rarement à une victoire.

Le sujet traité par l’auteur pose déjà problème actuellement et risque de créer de plus en plus de polémique au fur et à mesure des avancées technologiques en la matière. Boris Bergmann nous parle de la problématique de l’utilisation des drones par l’armée, utilisation non seulement en tant qu’outil de surveillance, mais également en tant qu’arme contre d’autres êtres humains. Des soldats jetables qui évitent les pertes humaines : mais comment une machine décide-t-elle de l’innocence d’une personne? Comment fait-elle la différence entre l’ennemi et l’allié? Comment les soldats de métier vivent-ils cette situation? Toutes ces questions et bien plus encore sont abordées et nous pousse à la réflexion. Un roman qu’on pourrait aisément qualifié de pré-apocalyptique.

Citations

« Cette nouvelle guerre, on ne la voit pas. On finit pas ne plus y croire. Elle ne fait pas de fumée, elle soupire, juste assez pour se cacher de nos vies. Elle s’absente. »

« Priver l’ennemi d’ennemi : le rêve de toute une hiérarchie. Le pire c’est que ça marche. L’engagement total des soldats de Dieu ne peut plus nous atteindre. Ils finissent par se blesser eux-mêmes : agissant comme une maladie auto-immune, les Tartuffes kamikazes accélèrent la destruction de ce qu’ils veulent sauver – leur religion. Face à eux, notre fanatisme flambant neuf, épine dronale, sacralise notre désengagement, bénit notre absence. Et ce ne sont pas quelques soldats comme nous, en manque d’implication, qui vont venir dérégler cette machinerie ultrafonctionnelle. »

Conclusion

Un roman percutant qui donne à réflexion sur la guerre du futur, une guerre déshumanisée, presque invisible pour la civilisation occidentale. Une critique de l’évolution de notre société sous forme de journal à la plume poétique et acerbe que je recommande vivement !

extra1

#FungiLumini

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2 réflexions sur “Déserteur

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