Miso soup

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Titre : Miso soup
Auteur : Murakami Ryû
Traductrice : Corinne Atlan
Editeur : Picquier poche
Genre : Thriller
Nombre de pages : 280
Prix reçu : Yomiuri
Mots-clés : Japon, sexe, meurtre

Quatrième de couverture

Kenji, un jeune Japonais de vingt ans, gagne sa vie en guidant des touristes dans le célèbre quartier louche de Kabukichô, à Tôkyô. C’est en compagnie de Frank, un client américain, qu’il parcourt durant trois nuits les lieux de plaisir de Shinjuku : trois nuits de terreur auprès d’un meurtrier inquiétant avec qui il joue au chat et à la souris. Ce roman court et percutant laisse une sorte d’amertume, un goût métallique pareil à celui du sang qui imprègne ces pages minutieuses décrivant – comme l’auteur l’avait magistralement fait dans son roman Les Bébés de la consigne automatique – l’agonie d’un monde sans âme et voué à la solitude.

Mon avis

J’ai toujours eu envie de lire un livre de Murakami Ryû pour découvrir « l’autre Murakami » ! Voilà qui est chose faite après cette lecture de Miso soup ! J’ai lu ce livre sans lire au préalable la quatrième de couverture, ce qui fait que je n’avais aucune attente particulière, mais que je n’étais pas préparée non plus à quoi que ce soit. Cette lecture fut donc un réel plaisir au niveau du style, un formidable frisson au niveau de l’ambiance, un véritable choc pour une scène en particulier et un énorme coup de cœur pour cet écrivain.

L’ambiance de Miso soup est soumise tout au long du roman à une tension totale, qui nous donnera plus d’une fois des frissons à nous glacer les sangs. N’ayant lu aucun résumé ou avis sur le roman, j’ignorais que Frank était réellement le meurtrier jusqu’à ce que la vérité éclate. Je pense que cela a grandement participé à mon immersion dans cette univers noir et paranoïaque qui règne dans l’esprit de Kenji en début d’ouvrage. J’ai partagé avec lui ses doutes sur l’Américain et, tout comme lui, j’ai essayé de me dire que tous les signes que je croyais voir ne prouvaient en rien qu’il était véritablement un serial killer. Outre les pensées du Japonais qui nous transmettent cette atmosphère macabre, les descriptions du quartier dans lequel ils déambulent pendant trois nuits ne nous mettent pas plus à l’aise. Recoin à yakuzas et à diverses pratiques peu formelles, les rues de Kabukichô en pleine nuit ne sont pas des plus rassurantes. Sous la plume de Murakami Ryû, on ressent parfaitement le poids des ténèbres de la nuit, on se laisse éblouir par les lumières inquiétantes des néons des lieux de plaisir, et on craint les ruelles reculées qui ne semblent laisser aucune échappatoire à cet étrange quartier. Même si Miso soup n’est pas un huis clos, on a l’impression que Kenji ne peut s’enfuir et que personne ne pourra l’aider si le besoin s’en fait ressentir. Juste une petite lumière d’espoir règne en arrière plan, en la personne de Jun, la petite amie lycéenne de notre héros. Si la peur nous noue déjà le ventre dans ces premières pages, le pire est à venir. Une fois le secret de Frank révélé, l’angoisse se fait encore plus présente, car cette fois, je savais pertinemment que la vie de Kenji ne tenait qu’à l’humeur de ce fou. Va-t-il le laisser en vie ? Ou va-t-il plutôt se mettre à le découper en petit morceau à la moindre réplique qui ne lui plait pas ? Finalement peu habituée à lire ce genre de livre, j’ai complètement été happée par cette histoire, qui se déroule de manière lente, sans réels retournements de situation, mais qui laisse toute la place à la paranoïa. La délivrance n’arrivant qu’à la fin, âmes sensibles, soyez préparées à vous sentir mal jusqu’au bout. 

Kenji est un héros sans beaucoup de relief. Personnage qui ne trouve pas réellement sa place dans la société, mais qui ne souhaite pas en être exclu, il mène une vie simple, sans aucun intérêt. S’il se rend presque chaque soir dans les quartiers chauds, il ne semble en tirer aucun plaisir personnel et n’être attiré par aucune des nombreuses pratiques sexuelles qui s’y exercent. C’est sans doute sa normalité qui nous permet d’adopter son regard et ses pensées de manière aussi fluide. 

Frank, pour sa part, apparaît directement comme un personnage inquiétant. On ne sait jamais réellement si ce qu’il raconte est la vérité ou un énorme mensonge. Son histoire d’opération du cerveau, sa prétention à savoir jouer au baseball, ses souvenirs confus… Il construit ainsi autour de sa personnalité un grand mystère qui déroute et intéresse en même temps Kenji et le lecteur. C’est finalement vers la fin qu’il se livrera entièrement à son « seul ami » et qu’on comprendra sa nature profonde. Se comparant à un virus, il est persuadé que même en faisant souffrir son entourage, il est un élément indispensable à la survie et au développement de la société. 

Les autres personnages secondaires n’ont pas plus de volume  que Kenji. On ne retiendra d’ailleurs rien d’eux tellement ils mènent des vies effacées et ne possèdent aucune profondeur d’âme apparente. La seule qui se démarque, malgré elle, est une prostituée péruvienne, dont l’histoire m’a réellement touchée. Le fait qu’aucun personnage ne se démarque l’un de l’autre pourrait sembler ennuyant, mais j’ai trouvé que cela représentait parfaitement ce que l’auteur pense de la société japonaise. 

L’auteur nous dépeint en effet une société superficielle, où les relations entre les gens semblent avoir de plus en plus de mal à s’établir. Les personnes que l’on rencontre dans Miso soup ont toutes l’air seules, tristes, et à la recherche d’attention qu’elles pensent trouver dans les quartiers de plaisir. Tout cela pourrait être réduit à un seul quartier, celui de Kabukichô, mais finalement on comprend que cela se rapporte à l’ensemble du peuple japonais suite à l’explication du titre du livre « In the miso soup » (titre japonais). Quand on vit au Japon et qu’on côtoie tous les jours cette culture, il ne fait aucun doute qu’on retrouve effectivement certains aspects que critiquent l’auteur. Ainsi, je ne découvre pas un « nouveau Japon » en lisant Miso soup, je m’engouffre au contraire plus profondément dans ses noirs aspects. 

Outre l’ambiance, les personnages et la critique de la société, il faut également souligné le style de l’auteur, sans qui tout cela ne m’aurait sans doute pas autant touché. Livre récompensé dans son pays par le prix Yomiuri, il va sans dire que Murakami Ryû est un auteur incontournable dans son pays, et peut-être un peu trop méconnu dans nos contrées. 

Citations

« La peur m’avait envahi, une peur si monstrueuse que je n’étais même pas capable de la reconnaitre. Elle m’avait envahi à tel point, corps et esprit, que je m’étais mis à transformer en paroles la moindre de mes pensées pour ne pas me mettre à hurler de terreur. « 

« Le fait est que j’ai beau écrire roman sur roman, je n’arrive pas à suivre la réalité de l’effondrement de la société japonaise. « Le roman est une traduction. » La littérature consiste à traduire les cris et les chuchotements de ceux qui suffoquent, privés de mots. Mais l’effondrement de la société japonaise ces dernières années est par trop frappant ; qui plus est, immanquablement drapé de « fâcheux accidents », il se situe à un niveau extrêmement bas, sans rapport aucun avec la religion, la pensée, la philosophie ou l’histoire de notre pays. »

Conclusion

J’ai ainsi été totalement séduite du début à la fin par Miso soup de Murakami Ryû. Baigné dans une ambiance folle, j’ai l’impression d’avoir retenu mon souffle pendant une grande partie de ma lecture. Livre à lire pour son atmosphère, il faut également prendre en considération cette dimension où l’auteur traduit « les cris et les chuchotements de ceux qui suffoquent, privés de mots… En écrivant ce roman, [il s’est] senti dans la position de celui qui se voit confier le soin de traiter seul les ordures. » Un énorme coup de coeur que je recommande vivement ! 

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3 réflexions sur “Miso soup

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