Du Feu de l’Enfer

9782258115699Titre : Du Feu de l’Enfer

Auteur : Sire Cédric

Éditeur : Presses de la Cité

Genre(s) : thriller/ polar

Nombre de pages : 560

Mots-clés : secte, meurtres, rituel, course, enquête.

Manon maquille les cadavres, Ariel maquille les voitures. Elle est thanatopractrice, il est délinquant. Ils sont frère et sœur. Un jour, l’une des combines d’Ariel tourne mal et Manon se retrouve complice malgré elle. Lorsque les assassinats les plus sordides s’accumulent autour d’eux, traçant un jeu de piste sanglant vers une secte satanique, le capitaine Raynal s’intéresse à leur cas. Commence alors une traque qui brouillera les limites entre alliés et prédateurs et mettra à l’épreuve les liens du sang.

Sire Cedric revient en chef d’orchestre du suspense et des frissons, avec un nouveau concerto qui fait la part belle au souffle du vent dans la nuit noire et aux gémissements des corps torturés. Subtil et maîtrisé, ce conte d’horreur moderne allie à la justesse d’une réflexion sur les relations familiales les retournements de situation les plus ébouriffants.

Mon avis

Après mon énorme coup de cœur pour la plume de l’auteur et les univers magiques développés dans Dreamworld, j’ai voulu lire un autre titre de l’auteur. J’ai été directement à la source pour le choisir, puisque j’ai rencontré Sire Cédric à la Foire du livre de Bruxelles et je lui ai demandé lequel de ses livres il me conseillerait en tenant compte du fait que j’aimais le surnaturel, le fantastique, mais pas du tout le policier/thriller. Il m’a proposé De fièvre et de sang ou son nouveau titre Du Feu de l’Enfer, en me disant que c’est celui qu’il considère comme le plus abouti à ce jour. Après la Foire du Livre, je n’ai lu que d’excellentes critiques sur ce livre et je me suis donc lancée dans cette lecture, qui n’a malheureusement pas su me convaincre.

Manon est une jeune femme ordinaire, avec une vie tranquille quand son frère Ariel ne s’en mêle pas. Seulement voilà, il est venu frapper à sa porte au milieu de la nuit, et elle n’a encore une fois pas su dire non. Le lendemain matin, elle découvre que son voisin s’est suicidé. Ariel, qui a déjà eu pas mal de démêlés avec la justice, la laisse tomber dès qu’elle appelle la police. Dans la rue, il se sent suivi, épié. Quand il cherche à entrer en contact avec son meilleur ami, celui-ci ne lui répond pas. Quand il arrive à son garage, il le trouve crucifié à un pont élévateur de voitures. On apprend qu’Ariel et son meilleur ami ont profité d’une étrange soirée privée entre bourgeois dans un château en campagne pour voler une de leurs voitures. Les gens sont venus récupérer la voiture au garage en punissant le vol sévèrement, mais le problème reste qu’Ariel a toujours une valise qui leur appartient, qu’il avait trouvé dans la voiture. Il demande de l’aide de Manon, qui ne peut rien lui refuser. Une course contre la montre commence : poursuivis par des gens d’une secte qui n’ont pas peur de torturer et tuer pour leurs intérêts, Manon et Ariel vont devoir se battre pour tenter de survivre à ce cauchemar.

J’ai bien aimé suivre l’enquête en général. L’action est toujours présente, les éléments se mettent bien en place. Parfois même un peu trop bien, car j’avais deviné pas mal des choses qui se sont déroulées durant le récit. (C’est une des raisons pour laquelle je n’aime pas lire des enquêtes policières ancrées dans la réalité, je devine presque à chaque fois ce qu’il va se passer.) La plume de l’auteur est fluide et addictive, même si je l’avais préférée dans Dreamworld. J’ai trouvé le culte de la secte très intéressant, mais j’aurais aimé en connaître davantage encore.

J’ai du mal à dire si j’ai aimé le personnage de Manon ou pas. J’ai trouvé que c’était une jeune femme indépendante, qui n’hésite pas à faire des choix hors normes et à les assumer pleinement. Par contre, elle se laisse faire par tout le monde et ça, ça m’a énervée :p Surtout quand elle se laisse marcher sur les pieds par son frère, qui est le pire des lâches et faible d’esprit. (Je ne l’aimais pas beaucoup, lui :p). Au final, j’ai préféré les personnages plus extrêmes de la secte, plutôt que les protagonistes.

J’ai découvert cette super chanson grâce à ce livre et je trouve qu’elle correspond parfaitement à l’ambiance du récit. Ce qui m’a fait rire, c’est que Manon l’écoute pour se détendre après le travail : même si la voix de la chanteuse est envoûtante, je trouve personnellement les premiers accords angoissants et la musique de fond oppressante, ça ne me relaxerait pas d’être en train de rouler seule au milieu de la forêt la nuit avec cette chanson comme ambiance sonore. 😀

J’avais lu qu’il fallait avoir le cœur bien accroché, car l’auteur nous décrivait des choses absolument atroces. C’est peut-être moi qui suis insensible, mais j’ai trouvé le tout assez soft. Presque toutes les scènes de tortures ont été passées sous silence, seul le résultat final du meurtre est montré. Même au sein de la secte, je m’attendais à des scènes beaucoup plus visuelles, plus trash, alors qu’au final, on en apprend beaucoup sur leurs méthodes, leurs déviances, mais on les voit très peu faire.

Je ne pense pas me tourner à nouveau vers un des thrillers de Sire Cédric. Ce n’est juste pas un genre qui me convient et cette nouvelle tentative d’incursion dans cet univers me l’a prouvé. Si je veux lire à nouveau cet auteur, j’essayerais de trouver un de ses anciens titres Angemort ou Déchirures, malheureusement plus édités, dans lesquels le fantastique est bien plus présent. Je trouve dommage que l’auteur ne sorte plus que des ouvrages dans la veine du policier. Même s’il semble avoir rencontré son public dans ce genre, il avait vraiment réussi à me toucher avec ses nouvelles magiques et sombres et ça me rend un peu triste de me dire qu’il n’y en aura pas d’autres.

Citations

« C’était un cauchemar.
Un cauchemar atroce dans lequel elle avait sombré et dont elle ne pouvait plus sortir.
Elle n’aurait jamais dû chercher à savoir. Si seulement elle n’avait pas contacté cet homme pour obtenir des réponses. Si seulement elle n’avait pas cru ses belles paroles… »

« – Toi qui connais les rivages du Styx et le parfum des chairs en décomposition, continua le masque noir de sa voix suave et vicieuse. Toi qui fréquentes la mort au quotidien. Toi qui as joui, en secret, du plaisir de prendre une vie de tes propres mains…
La pointe de métal appuya contre sa peau, tout près de la veine jugulaire. Manon sentit qu’elle allait s’évanouir pour de bon.
– Sous ta mue mal ajustée de créature fragile, je vois la bête affamée qui cherche à sortir. »

Conclusion

J’avais peut-être trop d’attentes par rapport à ce livre. L’enquête m’a plu, mais ne m’a pas surprise. J’ai aimé découvrir la secte présentée par l’auteur et la mythologie autour. Ce livre était beaucoup plus soft que prévu (du moins pour moi) et n’a pas su m’emmener dans l’Enfer que j’attendais. Une lecture certes intéressante, mais qui ne m’a pas transcendée.

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#FungiLumini

Bonus

J’ai rencontré Sire Cédric à la Foire du Livre de Bruxelles et il m’a dédicacé ce livre, ainsi que Dreamworld ! Un auteur adorable !

20th Century Boys – 3 tomes

20th-century-boys-deluxe-1-paniniTitre : 20th Century Boys
Auteur : Naoki Urasawa
Scénario coécrit avec Takashi Nagasaki
Editeur : Panini Manga
Edition : Deluxe
Genre : seinen manga
Nombre de tomes : 12 (série terminée au Japon ; en cours en France)
Mots-clés : Thriller, suspense, secte, amitié

Résumé

1997. Kenji vient d’investir dans une franchise d’un petit magasin de proximité (conbini, en japonais). Un peu dépassé par son nouveau rôle de gérant et par sa petite nièce, Kanna, que sa sœur lui a confiée avant de disparaître, son existence tranquille prend subitement un grand tournant quand la police vient l’interroger sur la disparition d’un de ses clients. Bien qu’il soit attristé d’apprendre cette terrible nouvelle, il ne peut malheureusement pas les aider. Enfin, Kenji décide d’aller récupérer ses vidanges chez ladite famille et découvre un étrange symbole sur le pas de la porte : une main dans un œil grand ouvert. Ce dessin réveille en lui des souvenirs lointains datant de 1969 alors qu’il était enfant. La mort d’un de ses amis qu’il surnommait Donkey l’amène à chercher l’origine de ce sigle : il représentait leur groupe de justiciers qui sauverait le monde des catastrophes qu’ils s’amusaient à inventer. Mais aujourd’hui, quelqu’un, qui se fait appeler « Ami », se sert de ce dessin comme symbole pour la secte qu’il a montée. Son objectif : contrôler le monde et amener l’apocalypse telle que ces enfants l’avaient imaginée dans leurs histoires. Comment Kenji et ses amis arriveront-ils à stopper la machination de cet homme dont ils ignorent la réelle identité ?

2014. Cela fait 14 ans que le monde a été sauvé d’une attaque destructrice. Le parti de l’Amitié a pris le pouvoir… Kenji et sa bande, les soit-disant instigateurs de la catastrophe, ont en réalité sauvé la Terre, mais n’ont pas donné signe de vie depuis… Kanna a bien grandi et travaille dans les quartiers pauvres de la capitale. Malgré elle, l’adolescente se retrouve embarquée dans des histoires louches mêlant batailles de quartier et meurtre. Bien qu’elle l’ignore, elle incarne le dernier espoir pour sauver le monde du joug démoniaque d’Ami !

Avis personnel

Naoki Urasawa est indéniablement le maître du manga thriller ! Si vous n’avez pas encore lu sa série Monster, je vous la conseille vivement ! Si dans cette saga on suivait un personnage qui tentait d’arrêter un serial killer, ici on suit le couple oncle-nièce qui essaye de sauver le monde de la menace d’une secte ! La qualité principale de ce manga est sans aucun doute la richesse de son scénario. Celui-ci mêle différents personnages, dont on suit le prisme, et diverses temporalités, qui nous offrent une intrigue complexe et profonde. Ainsi, on découvre principalement l’aventure à travers Kenji et Kanna. Le mangaka et le coscénariste Takashi Nagasaki emploie fréquemment les flashbacks pour fournir au lecteur des informations sur le passé des personnages et pour voir les conséquences des actions du passé. Au niveau des différentes périodes évoquées, on retrouve :

  • 1969 : l’enfance de Kenji et de ses amis
  • 1973 : l’adolescence du même groupe
  • 1997 : la découverte de la secte d’Ami
  • 2000 : premier sauvetage du monde par Kenji et ses amis
  • 2014 : le Japon est dirigé par le parti de l’Amitié et Kanna, la nièce de Kenji, semble être le dernier espoir pour sauver la Terre

L’intrigue se développe petit à petit. Il n’est donc pas étonnant de se sentir un peu perdu au début, bien que cela soit justement le charme de ce manga ! A l’image des personnages principaux qui découvrent la secte, le lecteur est aussi amené à réfléchir et à enquêter de son côté.

Outre cet aspect scénaristique, on s’attache très rapidement à l’éventail de personnages. Loin d’incarner les stéréotypes des « héros », des « sauveurs de l’humanité » forts, beaux et courageux, le groupe d’amis est d’une banalité absolue : un gérant d’un petit magasin de quartier qui n’a pas pu réaliser ses rêves, un salaryman sans histoire, un gros et gras tenancier d’une boutique de bijoux, un garçon manqué au grand cœur, un homme qui s’est exilé au sud-ouest de l’Asie et qui mène une étrange vie, etc. Un catalogue de personnalités unique qui séduit de par son rapprochement à notre réalité, permettant ainsi une identification facile : comment réagirions-nous si nos histoires d’enfants prenaient vie sous nos yeux ? Aurions-nous le courage de confronter nos pires cauchemars ?

Après 3 tomes en version deluxe qui équivalent environ à 6 petits volumes, l’histoire s’est bien installée mais plusieurs questions demeurent. En allant de rebondissement en rebondissement, il n’est pas simple de comprendre où est-ce que l’aventure nous mène. Et c’est justement cela qui est incroyable dans cette série et plus largement dans toute l’œuvre de ce mangaka ! Le suspense est entier et lorsque l’on comprend quelque chose, une nouvelle interrogation est soulevée.

This has been an artwork of Firewalker

Conclusion

Alors que le thriller est un genre (autant littéraire que cinématographique) qui ne me plait pas outre mesure, 20th Century Boys m’a totalement séduite par la richesse de son intrigue. Je ne peux également qu’avouer mon admiration pour Naoki Urasawa, que je considère comme le meilleur mangaka actuel… Cette série est donc un total coup de cœur ! Je n’ai qu’une hâte, acheter la suite pour comprendre tous les tenants et aboutissants de cette folle aventure !

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