Les Amoureux de la Lune

amoureux-previewTitre : Les Amoureux de la Lune

Auteure : Lizzie Felton

Illustration de couverture : Megatruh – Niken Anindita

Éditeur : éditions du Chat Noir

Genre(s) : fantastique

Nombre de pages :307

À 17 ans, troquer sa vie parisienne pour suivre sa famille sur la Côte d’Azur est un enfer pour Lucie. Pourtant, la jeune fille y intègre bien vite le cercle de la jeunesse dorée locale, qui l’initie à l’effervescence nocturne, synonyme de soirées endiablées, où l’alcool coule à flots, les rencontres sans lendemain se succèdent et l’insouciance adolescente rayonne.
Mais lorsque Lucie rencontre Ulysse, le monde de la nuit prend un tout autre visage sous le regard azur de ce jeune peintre. Malgré les avertissements de ses nouveaux camarades, la jeune fille est attirée par ce mystérieux artiste qu’elle ne croise qu’à la nuit tombée, lui qui voit dans les ombres des couleurs que personne ne décèle, une magnificence que tout le monde ignore, une fascination pour l’astre argenté.
Lui qui voit et révèle en elle cette même beauté invisible…
S’épanouissant avec Ulysse dans la nuit, comme une fleur au soleil, Lucie est alors emportée par un tourbillon d’émotions, un amour de la Lune qui changera à jamais sa vision de la vie.

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L’étrange voyage de Théo Gossein – livre premier : Hospitalia

l-etrange-voyage-de-theo-gossein-malricTitre : L’étrange voyage de Théo Gossein – livre premier : Hospitalia

Auteur/ illustrateur : Malric

Éditeur : éditions Underground

Genre(s) : roman graphique fantastique

Nombre de pages : 86 (version collector)

Mots-clés : peinture, artiste, folie, rencontre, voyage, lieu caché.

Théo Gossein est un artiste malade dont le traitement lui bloque toute créativité. Il vit reclus dans son atelier sans jamais voir personne ; il n’est plus capable de poser une seule couleur sur une toile. Son monde l’oppresse, le terrifie. Alors, comme dans un dernier sursaut salvateur, il décide d’arrêter ses pilules et de sortir de chez lui.

C’est le début d’une aventure qui va le mener bien au-delà de son imagination.

Dans ce premier tome, Théo nous livre son carnet de voyage : sa route vers Hospitalia.

Et comme dit Théo « Quand les mouettes ont pied, il est temps de virer ».

Mon avis

J’avais déjà repéré cet ouvrage depuis un petit temps, mais j’attendais de croiser Malric, l’auteur/ illustrateur, sur un salon littéraire pour lui prendre son livre, ce qui est chose faite grâce à la Foire du Livre de Bruxelles ! 🙂 J’ai pris l’édition collector, qui compte plus de pages, un format « dur » et un marque-page en tissu. Il n’y a rien à dire, l’objet-livre est tout simplement somptueux !

Théo, personnage principal et artiste présumé de ce carnet de route, est malade. Il décide cependant d’arrêter ses médicaments, qui, selon lui, bloquent sa créativité. En se promenant, il fera la rencontre d’une jeune femme rousse envoûtante avec qui il partagera un chocolat chaud. Seulement, la belle inconnue doit partir précipitamment et laisse derrière elle une étrange valise. Théo en fouille le contenu pour essayer de retrouver la jeune femme et lui rendre ses affaires, et y découvre l’existence d’un lieu secret appelé Hospitalia, un ancien asile psychiatrique pour femmes dont toutes les patientes ont un jour disparu. Il est sûr de trouver la belle rousse là-bas et part en quête de cet endroit mystérieux.

Ce livre est une petite merveille au niveau visuel. Il s’agit du carnet de voyage de Théo, qui est artiste peintre. En plus de documenter son journal de photographies, de cartes et d’articles de journaux, on retrouve également des esquisses et des dessins qu’il a réalisés lors de son aventure. Les pages varient entre des montages/collages d’éléments d’information, d’écrits de Théo et de pleines pages de magnifiques illustrations. (Je vous joins deux de mes pages préférées, même si le choix fut difficile 😉 ). La mise en page de cet album est incroyable et a dû demander énormément de travail et de minutie, mais le rendu final est juste parfait.

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On est dans notre monde (mais pas à notre époque, je pense), mais les illustrations nous emmènent dans un univers parallèle, envoûtant, où la magie semble exister. On y croise des personnages fantastiques et étranges, des lieux au style steampunk, mais aussi une nature sauvage et enchanteresse. Je suis depuis toujours fascinée par la folie humaine et le domaine de la psychiatrie. Le fait qu’Hospitalia soit une maison d’aliénées m’intéressait particulièrement et j’avais hâte de parcourir les couloirs de ce lieu. J’ai trouvé cela un peu dommage qu’on y passe au final si peu de temps. J’espère qu’on y reviendra dans les prochains tomes.

Le texte est rédigé à la première personne du singulier, puisque c’est Théo qui nous narre son histoire. Il y a des passages qui décrivent les paysages, d’autres ses sentiments, il y a aussi des retranscriptions d’entrevues qu’il a avec d’autres personnages. Le style est plutôt oral. J’aurais peut-être aimé ressentir plus la folie de l’artiste dans son écriture. J’ai bien aimé la narration, mais j’avais l’impression qu’une personne « normale » avec un esprit créatif me contait son histoire et non une personne dérangée qui partirait dans des délires artistiques. :p Il manquait au texte un petit grain de folie, bien présent cependant dans le travail d’illustration de l’auteur.

Pas mal de choses restent encore mystérieuses après la lecture de ce premier tome (la série en comportera quatre) et j’ai l’impression que des détails se cachent non seulement dans le texte, mais également dans les illustrations, qui seront importants plus tard et qui nous permettront de comprendre tout une fois le fin mot de l’histoire dévoilé. J’espère trouver ces réponses dans les prochains tomes !

Citations

« Je vis au milieu de ces esquisses d’ombres et de lumières comme un seigneur parmi sa cour. Elles sont mes courtisanes chimériques et leurs yeux m’entourent d’une aura de coton parfumé.
Ça, j’adore, et je ne veux l’altérer… »

 » Définition – artiste incompris :

Artiste qui, par son oeuvre, ne parvient pas à expliquer ce que lui ne comprend pas toujours.

Note : ne pas confondre avec un artiste idiot pratiquant. »

Conclusion

Un magnifique album à la mise en page soignée, qui cache sûrement encore des secrets ! Les illustrations sont splendides et nous emmènent dans un univers enchanteur proche du steampunk, le récit à la première personne conte un voyage hors du commun vers un lieu à l’emplacement secret : je ne peux que vous conseiller de tenter l’aventure aux côtés de Théo !

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#FungiLumini

Bonus

Ma rencontre avec l’auteur/ illustrateur Malric à la Foire du Livre et ma dédicace 😀

Calendar Girl – Février

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Titre : Calendar Girl
Sous-titre : Février
Auteur : Audrey Carlan
Editeur : Hugo Roman
Genre : romance érotique
Nombre de pages : 160
Mot-clés : romance, escort girl, dette, érotisme, art, peinture, photographie

Quatrième de couverture

Mia se rend à Seattle où elle sera la muse d’un célèbre peintre français.

L’amour sur toile, tel est le titre de l’œuvre du bel artiste avec lequel elle va partager ce mois qui sera riche en émotions. Il faut dire qu’Alec est surprenant dans son travail et qu’il a cette manie si sexy d’utiliser des expressions françaises lorsqu’il s’adresse à Mia.

Mon avis

Plutôt enchantée par ma lecture du premier tome de Calendar Girl, je me suis empressée d’acheter le deuxième volume ! Lire aussi rapidement l’épisode de février me permet également d’être à jour et sur les rails pour le restant de la série. Cependant, je ne vais pas vous le cacher plus longtemps, j’ai été plutôt déçue de ce volet.

A la fin du mois de janvier, Mia quitte Wes et son début de romance avec lui pour se rendre à Seattle chez Alec, un artiste-peintre français. Tout comme notre héroïne, nous sommes partagés entre la tristesse et l’intérêt. Une fois chez son nouveau client, le cadre est sensiblement différent : assistants, peintures, photographies, modèles… Parmi tout ce monde, notre escort girl se fait rapidement remarquer, mais pas de la meilleure manière qu’il soit. En effet, surprise par Alec, elle engendre un léger accident qui causera un retard dans l’avancement du projet de l’artiste et lui coûtera une belle entorse. Heureusement, le Français est sous le charme de la jeune femme et s’empresse de prendre soin de sa muse. Le mois de février sera principalement consacré à la création d’une oeuvre d’art au sujet de l’Amour et pour laquelle Mia incarnera le rôle principal. Entre les prises de photos et la pose de peinture, il restera évidemment tout le temps du monde pour passer de bons moments intimes !

Dès le départ, j’ai vite compris que je n’accrocherais pas à ce tome-ci. L’entrée en scène de notre héroïne plutôt ratée a lâché un premier froid. Le second est arrivé rapidement lorsqu’elle fait des avances à Alec alors qu’ils viennent à peine de se rencontrer. Tout au long du roman, j’ai trouvé que Mia avait juste l’air de ces beautés sans cerveau que l’on rencontre un peu trop souvent dans les romances érotiques. A plusieurs reprises, elle m’a semblé une parfaite idiote. A cela, je n’ai pas non plus aimé sa façon dévergondée de se jeter sur son nouveau client, simplement parce qu’il est sexy et que madame a décidé de s’amuser durant cette année particulière.

Je n’ai pas non plus accroché à Alec. J’ai particulièrement été agacée par ses « oui » et ses « ma jolie » présents dans la majorité de ses phrases, comme si tous les Français s’exprimaient ainsi. Il incarnait sans aucun doute tous les stéréotypes du sexy Français et de l’artiste passionné. Si ce côté artistique m’a davantage plu car il était capable de voir au travers de Mia et de la repousser dans ses retranchements, il a été plutôt gâché par tout l’aspect sexuel du roman. J’imaginais bien que les peintures chaufferaient l’ambiance, mais je ne pensais pas qu’ils passeraient à l’acte aussi rapidement et aussi souvent. Les scènes étaient également beaucoup plus détaillées et longues que dans le premier volet. Et si les sentiments sont présents, ils ne le sont que partiellement donnant cette image du sexe pour le sexe.

Pour terminer, le troisième client ne me dit rien qui vaille… J’ai l’impression que Calendar Girl va également nous offrir un panel des différents stéréotypes des mecs sexy et riches. Je pense que si le troisième tome ne me convainc pas, j’arrêterai sans doute la série.

Citations

« Nous avons créé de l’art ensemble et nous avons fait l’amour, à notre façon. C’est ce qui comptera lorsque je regarderai en arrière et que je repenserai aux décisions que j’ai prises. Mon séjour avec Alec a été spécial et je comprends peu à peu que chacun de mes clients m’apprendra quelque chose sur moi et sur la vie. »

« Je vais te montrer, à travers l’art, combien tu es parfaite. »

Conclusion

Calendar Girl – Février est pour moi une grande déception face au premier tome qui m’avait bien intéressée. Les stéréotypes concernant le beau gosse et l’héroïne sont davantage au rendez-vous dans ce volume-ci et cela ne m’a absolument pas plu. Les scènes de sexe sont également plus nombreuses et plus détaillées, transformant ce livre davantage en un roman érotique plutôt qu’en une romance. J’attendrai la sortie de mars pour me décider si oui ou non je continuerai cette série.


Découvrez mon avis sur les autres tomes de la série Calendar Girl !

Calendar Girl – Janvier
Calendar Girl – Février
Calendar Girl – Mars
Calendar Girl – Avril
Calendar Girl – Mai
Calendar Girl – Juin
Calendar Girl – Juillet (à venir)
Calendar Girl – Août (à venir)
Calendar Girl – Septembre (à venir)
Calendar Girl – Octobre (à venir)
Calendar Girl – Novembre (à venir)
Calendar Girl – Décembre (à venir)

#Yuixem

Le peintre

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Titre : Le peintre
Auteur : Kaho Nashiki
Illustrateur : Iku Dekune
Editeur : Nobi Nobi !
Genre : album illustré
Nombre de pages : 56
Mots-clés : peinture, nostalgie, Maurice Utrillo

 

 

Quatrième de couverture

Shinya, jeune peintre en bâtiment, est apprenti. Il fait un double apprentissage, celui de la vie, sur les traces d’un père qu’il n’a pas connu, et celui des couleurs, dont la palette infinie exprime la gamme tout aussi complexe des sentiments. Sur le bateau qui le mène à la recherche de la tombe de son père, une mystérieuse inconnue lui remet le pinceau de celui-ci, qui était peintre lui aussi. Un jour, il devra l’utiliser pour peindre ce bateau en blanc. Mais pas de n’importe quel blanc… du blanc d’Utrillo. Tout au long de sa vie, ce pinceau inspirera Shinya dans sa quête du coloris juste, celui qui rendra les gens heureux.

Mon avis

Cela faisait un certain temps que je n’avais pas posté une chronique sur un album illustré pour la jeunesse. Encore une fois, il s’agit d’une oeuvre du catalogue de l’éditeur Nobi Nobi! que j’aime tout particulièrement.

Le peintre raconte la vie de Shinya, un peintre. Il ne peint cependant pas des tableaux, mais des murs, des bâtiments ou encore des panneaux. Pourtant, il existe les mêmes difficultés pour ces deux formes d’art : créer la parfaite couleur, rendre la meilleure ambiance et transmettre un maximum d’émotions. Alors qu’il est apprenti artisan peintre et qu’il peine à répondre aux demandes des clients, sa mère lui raconte l’histoire de son père, un peintre prodige qui s’est expatrié en France. Doutant de son avenir, Shinya décide de partir alors sur les pas de son père pour trouver sa voie.

J’ai beaucoup apprécié l’histoire de cet album illustré qui est d’une grande douceur et un peu nostalgique telle une mélodie qui nous bercerait le soir. Le parcours de vie de Shinya guidé d’abord par une passion, puis par le désir de savoir qui était son père et enfin tout simplement par l’expérience accumulée au cours de son voyage est d’une simplicité naïve mais si parlante pour tout adulte. Racontée tel un conte, l’histoire nous passionne dès les premières lignes qui nous parlent de couleurs et de l’art de la peinture. La suite nous fait vivre une foule d’émotions : amour, tristesse, mélancolie, reconnaissance… Un petit aspect fantastique se glisse également dans l’intrigue, ce qui ajoute une dimension supplémentaire à l’ambiance onirique qui se dégage de l’album.

Cette ambiance est d’ailleurs soutenue en permanence par les belles peintures d’Iku Dekune. Shinya semble avoir toujours les yeux mis-clos, comme s’il était toujours à moitié éveillé, à moitié endormi. Les dégradés de couleurs sont doux et le choix du panel est toujours en lien avec le texte qui se trouve sur la double page. Ainsi par exemple, quand Shinya est en proie à une baisse de confiance en lui, la couleur principale est le bleue, plutôt triste. A l’inverse, quand le texte évoque la maman, les couleurs tendent vers le jaune, le beige, le vert, des couleurs beaucoup plus chaudes et qui évoquent une certaine mélancolie. On retrouve plusieurs très belles planches qui happent notre attention pendant un certain temps, nous faisant davantage pénétrer dans le monde de l’album illustré.

Le peintre rend enfin hommage au peintre français Maurice Utrillo (1883-1955). Il est connu pour sa période blanche où la majorité de ses oeuvres oscillait entre le blanc, le gris ou encore le rose pâle. Son nom est directement évoqué dans le récit de cet album illustré puisque Shinya a comme but ultime de repeindre en blanc d’Utrillo, à l’aide du pinceau de son père, le bateau qui l’a mené en France et ramené au Japon. Une très belle double page fera ainsi directement écho au peintre français, se rapprochant de son style de couleurs.

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Peinture de Maurice Utrillo

Extrait

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Conclusion

Le peintre est un magnifique album illustré dont le texte associé aux illustrations transmet une histoire poétique et touchante. S’il s’agit d’un livre jeunesse, je pense que toutes les subtilités qu’il a à offrir sont quelque peu compliquées à comprendre pour les enfants. Mais je l’ai personnellement beaucoup apprécié !

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Livres et Gourmandises : Rashômon (2/4)

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Recueil : Rashômon et autres contes

Auteur : Ryûnosuke Akutagawa

Editeur : Gallimard

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Nouvelle : Figures infernales

Année de publication : 1918


Gourmandise de la semaine

Cette semaine je me suis attaquée à la deuxième nouvelle du recueil Rashômon et autres contes d’Akutagawa en dégustant des mochis glacés. C’est mon grand péché mignon du moment, j’en mange tout le temps et à tous les goûts !

Le mochi est une pâte de riz gluante que l’on retrouve dans de nombreuses pâtisseries japonaises telles que le daifuku, l’ohagi ou encore les dangos. Comme l’annonce le nom, il y a de la glace au centre du mochi. Elle peut avoir plusieurs goûts comme vanille, chocolat, mangue, azuki (pâte de haricot rouge japonais) ou encore patate douce ! On en trouve plutôt facilement en France ou en Belgique quand on se rend dans un restaurant de sushis. N’hésitez donc pas à en goûter si vous en avez l’occasion.

Comme cette gourmandise est plutôt rafraichissante pour la saison, je n’ai rien bu de spécial avec. Mais étant une grande amatrice des contrastes culinaires, je vous conseillerais de boire une bonne boisson chaude après les avoir dévorés :p

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La deuxième nouvelle de ce recueil de Ryûnosuke Akutagawa, intitulée Figures infernales, m’a fort plu, peut-être même davantage que Rashômon. Effectivement, dans cette dernière, il a fallu beaucoup lire entre les lignes pour découvrir que l’intérêt de cette nouvelle se trouvait dans les réflexions post-lecture. Dans Figures infernales, j’ai par contre retrouvé le délice de lire un véritable conte.

Cette nouvelle est beaucoup plus longue que la précédente. Composée de 54 pages, elle est divisée en 18 chapitres, à l’image d’un roman. Figures infernales raconte l’évènement majeur de la vie du célèbre peintre Yoshihidé, un homme aux grands talents pour ce qui est de peindre l’horreur, mais qui est principalement connu du public pour son sale caractère, sa laideur physique et son arrogance extrême. Sa seule qualité est de chérir sa fille unique. Pour son plus grand malheur, celle-ci est entrée au service du Seigneur Horikawa, décrit comme un homme d’une grande bonté. Bien que le peintre aimerait la voir quitter cette place et rentrer à la maison, le Seigneur n’est pas prêt à se séparer de la jeune femme. Pourquoi ? Peut-être est-il secrètement amoureux d’elle ? Ou cherche-t-il simplement à la protéger de son père dément ? Nul ne le saura jamais. Quoi qu’il en soit, le grand Seigneur commande à Yoshihidé un paravent des figures de l’enfer. D’horribles évènements s’enchaineront jusqu’à une fin des plus terrifiantes qui verra la naissance de l’une des plus belles oeuvres japonaises !

J’ai tout d’abord beaucoup aimé la forme du conte dans cette nouvelle ainsi que son développement. On commence par une introduction aux personnages principaux : le Seigneur Horikawa, le peintre Yoshihidé et sa jolie jeune et unique fille. Avec un départ plutôt lent, on a tout le temps pour se familiariser aux protagonistes et à leurs environnements. Après trois chapitres, Akutagawa nous fait entrer dans le vif du sujet en nous décrivant la fameuse peinture « Figures infernales ». A partir de là, on avance de plus en plus vite et de plus en plus profondément dans les noirs tréfonds de cet épisode terrifiant qui nous décrit la réalisation du paravent. Cette narration est très efficace pour nous absorber entièrement dans le récit, de telle manière qu’il est impossible de lâcher le livre des mains avant de savoir le fin fond de cette histoire.

J’ai beaucoup apprécié le narrateur de l’histoire qui se trouve être un simple courtisan de la maison du Seigneur Horikawa. Il s’agit d’un personnage relativement neutre, mais qui a tout de même tendance à prendre le parti de son maitre, comme le veut la loyauté si importante dans la culture japonaise. S’il nous incite plusieurs fois à penser d’une certaine manière, il laisse toujours sous-entendre le contraire d’une manière ou d’une autre. Voici un exemple :

Ainsi, vous pouvez voir que la faveur dont le Seigneur entourait la fille de Yoshihidé était uniquement due à son admiration pour la bonne conduite de cette dernière, et non, comme le prétendaient les rumeurs, à son goût pour les belles femmes. Il faut tout de même reconnaître qu’il y avait eu quelque raison plausible pour faire naître ces rumeurs. 

Finalement, cela nous permet de réellement juger par nous-mêmes les personnages et leurs actes. Le narrateur ne se fait d’ailleurs pas souvent remarquer tout au long du récit, mais lorsqu’il le fait, cela apporte généralement un accent en plus sur les évènements choquants qui ont lieu les uns après les autres.

Il faut également souligner le fait que Figures infernales est beaucoup plus terrifiante et noire que Rashômon. Tout d’abord, le tableau nous est décrit dans tous ses détails. Ensuite, nous vivons la réalisation de celui-ci et assistons de ce fait aux scènes servant de modèle au peintre. Et enfin, la chute de la nouvelle est sans aucun doute l’apothéose de l’horreur. Outre ces aspects visibles aux yeux de tous les personnages présents, nous pénétrons également dans les noires pensées de nos trois protagonistes principaux. Yoshihidé est l’incarnation même de tous les défauts humains et c’est d’ailleurs pour cela qu’il est un génie dans la représentation de l’enfer. Du côté du Seigneur Horikawa et de la jeune fille, peut-on réellement dire que des êtres semblant approcher presque la perfection sont réellement dénués de tout péché ? Ainsi, cet aspect plus intime participe également à la terreur ambiante qui émane de la nouvelle Figures infernales.

La question qui ressort très fort suite à cette lecture est : jusqu’où peut-on aller pour l’Art ? En effet, comme l’explique très bien Yoshihidé, il a besoin de « voir » ces scènes épouvantables pour pouvoir les retranscrire de manière réaliste et vivante sur le papier ou le bois. On comprend donc que pour cela, il fera vivre aux autres et vivra lui-même aussi un véritable enfer, tout cela dans ce seul et unique but.

Comme je l’avais écrit brièvement dans la courte biographie de Ryûnosuke Akutagawa, l’auteur s’est fort inspiré de contes japonais ou chinois, liés la plupart du temps au bouddhisme. Figures infernales ne fait pas exception et est directement tirée du Konjaku monogatari shû (période Heian ; 794-1185), traduit en français par « Histoires qui sont maintenant du passé ». L’un des récits de ce vieux recueil s’intitule Comment Yoshihidé, un peintre de représentations bouddhistes, a pris plaisir à voir sa maison en feu, et a directement inspiré Akutagawa pour la réalisation de Figures infernales. Cette histoire ne sera d’ailleurs pas l’unique réécrite par l’auteur de génie.

Pour terminer cette chronique, il faut savoir que Figures infernales est une oeuvre aimée du peuple japonais qui l’a adapté sous plusieurs formats. Il existe ainsi un film, un manga et un dessin animé (disponible chez Kaze et sur le site de streaming ADN). Il va également sans dire que cette nouvelle a inspiré d’autres auteurs par la suite.

En conclusion, j’ai vraiment adoré Figures infernales, une nouvelle construite de manière efficace pour ceux qui aiment le schéma classique des histoires et contes. J’ai également beaucoup apprécié la noirceur du récit et le souci du détail des différentes scènes qui font vivre ce récit dans notre imagination. Il s’agit donc pour moi d’un gros coup de coeur qui me donne vraiment envie de découvrir rapidement les deux dernières nouvelles qu’il me reste avant de finir ce recueil. Après Rashômon et Figures infernales, je suis déjà capable de dire, je pense, que Ryûnosuke Akutagawa est réellement un grand auteur de littérature ! Il est certain que ne je m’arrêterai pas à cet unique recueil !

Je vous propose de découvrir mon tableau sur Pinterest concernant la nouvelle de Figures infernales. J’y ai épinglé toutes les images qui, selon moi, illustre d’une manière ou d’une autre cette histoire.


Rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir la troisième nouvelle du recueil de Rashômon et autres contes !

Nouvelle 1 : Rashômon
Nouvelle 2 : Figurines infernales
Nouvelle 3 : Dans le fourré
Nouvelle 4 : Gruau d’ignames

La lecture de ce recueil de nouvelles de Ryûnosuke Akutagawa s’inscrit également dans le challenge Bungô Stray Dogs que je me suis lancée personnellement pour découvrir les auteurs classiques de la littérature japonaise ! N’hésitez pas à y participer si cela vous tente également!

#Yuixem

Livres et Gourmandises : Vampire malgré Lui (9/12)

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Recueil : Vampire malgré lui

Éditeur : Éditions du Petit Caveau

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Nouvelle : Si tous les rois de la terre

Auteur : Olivier Boile

Genre : récit vampirique historique

Résumé : nouvelle relatant les conquêtes de l’armée napoléonienne


Cocktail de la semaine

Un quart de martini extra dry, trois quarts de jus d’orange et quelques gouttes de jus de citron pour un cocktail super rafraichissant 🙂 (avec un bonbon en plus, c’est Halloween quand même 😀 )

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Cette nouvelle se divise en deux points de vue : celui de la soeur de Napoléon – Caroline – et celui de son époux – Joachim Murat. Les transitions entre les points de vue m’ont parfois paru un peu vague, ce qui a perturbé ma lecture à certains moments. Napoléon et sa famille conquièrent tous les territoires qui les intéressent grâce à un nouveau pouvoir qui les rend presque invincibles.

Joachim est en pleine guerre contre les madrilènes. Une guerre sanglante, où il n’y a pas de survivants. Les prisonniers sont abattus, la rébellion éteinte dans le sang. Joachim fait partie de l’élite de Napoléon et a reçu le « pouvoir » pour faire régner la terreur partout où il passe et soumettre les peuples qu’il combat. La narration du côté de Caroline est plus civilisée : on se trouve d’abord au musée, puis dans une diligence. L’univers urbain, la culture, la vie de château et en haute société sont ses lots quotidiens. Elle doit mener ses propres batailles contre les démons qui l’habitent elle et sa lignée.

Cette nouvelle est assez courte mais très dense au niveau du contenu. Tellement dense que je m’y suis parfois un peu perdue… L’histoire est très intéressante et nous fait découvrir une autre version des guerres napoléoniennes, versant qui aurait probablement changé le cours de l’histoire ! Toute l’Europe serait peut-être française à l’heure qu’il est :p J’ai particulièrement apprécié la partie de Caroline et un peu moins la partie de Joachim, trop ancrée dans l’univers de la guerre pour moi.

Extrait

 » Si vainqueurs et vaincus se tiennent côte à côte, ce sont bel et bien ces derniers qui paraissent les plus impétueux. Avoir survécu au carnage, respirer l’air matinal au milieu des cadavres de leurs frères d’armes, leur donne ce supplément d’énergie qui les pousse à la prière, à la confiance, à l’espoir. »

Conclusion

Une histoire courte mais dense, une uchronie sur Napoléon et sa lignée. J’ai apprécié me plonger dans cette petite nouvelle, même si certains passages m’ont un peu déconcertée.

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#FungiLumini


Avez-vous lu ce recueil? Si vous l’avez également, n’hésitez pas à me rejoindre dans ma lecture et à venir en discuter en commentaire ! J’avancerai au rythme d’une nouvelle (et d’un cocktail 😀 ) par semaine 😉

Nouvelle 1 : Chapitre Premier

Nouvelle 2 : Comme un cœur qui bat

Nouvelle 3 : Noblesse d’âme

Nouvelle 4 : Neverland

Nouvelle 5 : Les Naömis

Nouvelle 6 : Pétrus

Nouvelle 7 : Cuttle Feesh

Nouvelle 8 : Les dents de Kitty

Duma Key

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Auteur : Stephen King

Éditeur : Le Livre de Poche

Genre : Fantastique

Nombre de pages : 855

Prix reçu : Prix Bram Stoker du meilleur roman en 2008

Traduit de l’anglais (États-Unis) par William Olivier Desmond

Mots-clés : ile, peinture, art, horreur

Quatrième de couverture

Duma Key, une île de Floride à la troublante beauté, hantée par des forces mystérieuses, qui ont pu faire d’Edgar Freemantle un artiste célèbre… mais, s’il ne les anéantit pas très vite, elles auront sa peau !

Mon avis

Voilà un bon petit Stephen King comme on les aime qui ravira tous les fans du genre et du maitre de l’horreur.

L’histoire est donc celle d’Edgar Freemantle qui, à la suite d’un terrible accident, perd son bras droit et garde des lésions mentales irréversibles. S’ensuivent alors des moments de réadaptation et de rééducations qui auront vite raison de son mariage avec Pam (cela dit, ce n’est pas pour cela que je trouve qu’elle est une mauvaise femme, dans pareille situation, on aurait tous réagi différemment et ici, elle a choisi ce qu’elle croyait être le mieux pour elle). Sur les conseils de son psy, Edgar décide donc de changer de décor et déménage sur l’île de Duma Key. Là-bas, il se lie d’amitié avec Wireman, son avocat et Elizabeth, la vieille dame atteinte d’Alzheimer, à qui il tient compagnie mais surtout il se met à peindre des tableaux de plus en plus lugubres au fil du temps et qui auront toute leur importance dans le récit (mais si je vous raconte en quoi ils sont importants, ce n’est pas drôle et puis je ne vais pas vous gâcher tout non plus^^).

Même si j’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire, une fois dedans, j’ai dévoré ces quelques 800 pages. Comme tout bon thriller (et surtout tout bon King), le rythme est bien posé, l’intrigue nous embarque complètement mêlant à la fois les moments effrayants (oui, je l’avoue, y a des moments où j’ai eu les boules 😀 ) et les moments de tendresse notamment dans la relation d’Edgar avec ses deux filles ou encore sa relation avec Wireman, personnage qui m’a d’ailleurs beaucoup plus, surtout dans son excentricité. J’aimerais vous en dire plus sur les personnages mais alors je vais un peu spoiler le livre et je ne ferai pas ça 🙂

Au niveau du style, on reconnaît très bien le style distingué de Stephen King. Toujours aussi travaillé, on sent que les mots et les expressions sont choisis avec soin pour servir au maximum le récit et les émotions suscitées chez le lecteur. Cependant, certains monologues d’Edgar m’ont un peu dérangée de par leur vulgarité mais encore une fois, ce vocabulaire sert encore et toujours l’histoire puisqu’il traduit la colère dont est rempli Edgar. Mais que cela ne vous empêche pas de le lire parce que c’est vraiment une petite merveille !

Conclusion

Je recommande vivement ce livre à tous et en particulier aux fans du fantastique, de l’horreur qu’on aime ou non Stephen King. Pour les néophytes, je vous le conseille aussi, vous découvrirez un genre, un univers et un auteur que vous ne pourrez plus lâcher par la suite 😀 . Ce bouquin est donc un incontournable du genre, à ranger à côté des classiques tels que Sac d’Os ou Shining.

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Random Word Challenge

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#Coco

Les Deux Van Gogh 

Titre : Les Deux Van Gogh 
Auteur : Hozumi
Éditeur : Glénat
Genre : josei manga
Nombre de tomes : 1 (terminé)
Mots-clés : Vincent Van Gogh, peinture, fraternité, art

Résumé

Théodore Van Gogh, le petit frère de Vincent Van Gogh, est un vendeur d’art de talent chez Goupil & Cie. A l’époque, son grand frère peint déjà mais est un total inconnu dans le monde artistique parisien. La fin du 19e siècle n’a d’ailleurs d’intérêts que pour la bourgeoisie et pour les artistes reconnus par l’Académie des Beaux-Arts. Tout ce qui est différent est considéré comme inutile. C’est dans cette atmosphère étriquée que Théodore tente de dévoiler de nouveaux talents, et surtout celui de son frère adoré.

Avis personnel

Si ce manga (oneshot en français, deux tomes en japonais) raconte l’histoire des deux frères Van Gogh, il est important de noter qu’il ne s’agit absolument pas d’une biographie. En effet, la mangaka s’est permis d’imaginer la relation fraternelle entre les deux hommes. Elle base cependant son intrigue sur des faits réels, tels que la galerie d’art Goupil et Cie, la conception de l’art de l’époque, certaines personnalités et enfin – et surtout – les peintures de Vincent Van Gogh. Un aspect positif à souligner est que l’éditeur notifie dans les gouttières lorsqu’il s’agit d’oeuvres ou de personnages fictifs, permettant ainsi de bien déceler ce qui est réel, de ce qui ne l’est pas.

L’histoire est incroyablement touchante. Elle décrit la relation fraternelle passionnelle entre Vincent et Théodore. Admiration et jalousie s’entremêlent et complexifient les sentiments et les émotions des deux protagonistes. On découvre ainsi une autre personnalité chez Vincent : il est un jeune homme joyeux et sociable, qui aime faire plaisir aux gens autour de lui et qui décèle la beauté dans la quotidienneté ; on est loin du personnage torturé que l’on connaît. Mais pourquoi ne pas partager cette vision des faits et imaginer que ce qui est conté ici est la réalité et que ce que l’on sait de lui, la fiction ? Un pacte intéressant qui séduit indéniablement les plus romantiques.

Les Deux Van Gogh est le premier manga de Hozumi publié sur le marché francophone. Personnellement, elle m’a séduite avec cette histoire. Son trait est vraiment agréable et son scénario intéressant ! J’espère que Glénat ou une autre maison d’édition nous fera découvrir les autres œuvres de cette jeune mangaka et ainsi un peu plus de josei (manga pour femme), ce genre si peu édité en nos contrées.


Conclusion

Le oneshot en manga est peu publié en France, sûrement parce qu’il ne ramène pas suffisamment d’argent à ses éditeurs. Les Deux Van Gogh est donc une opportunité en or de lire une belle histoire sans exagérations ou pathos généralement ajoutés dans l’unique but de faire durer une série. S’il ne s’agit pas pour moi d’un coup de cœur, j’ai passé un agréable moment sous la plume de Hozumi.

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