Le Cabinet de Curiosités

12744726_1522299391404910_1994615229046187622_nTitre : Le Cabinet de Curiosités

Auteure : Hilda Alonso

Illustratrice : Alexandra V. Bach

Éditeur : éditions du Riez

Genre(s) : artbook

Nombre de pages : 68

Mots-clés : étrange, créatures, poésie, beauté, catastrophe.

Sous ses allures bohèmes de roulotte fantôme, le Cabinet de Curiosités va par les routes, recueillant sur son passage les objets magiques brisés par l’homme. Dans cet univers clos, ce refuge bercé de lenteur, la vie en suspens, minuscule et fragile, reste menacée…

Yotika, la femme-araignée, gardienne de cette arche assiégée, ne peut plus protéger les siens et assiste, impuissante, à la fin de son monde.

Mais les chemins de perdition ne sont pas ceux que l’on croit…

Mon avis

Ce livre, on peut dire que je l’attendais ! Précommandé en février, j’ai reçu mon ouvrage fin septembre, avec plein de jolis goodies (badge, cartes, dédicaces). Pour faire patienter les lecteurs jusqu’à la sortie officielle du Cabinet, Hilda Alonso et Alexandra V. Bach ont fait un super teasing sur la page facebook du livre, proposant chaque semaine un contenu ou une information sur la création du livre.  On a pu faire la connaissance de certaines des curiosités, découvrir les lieux et les morceaux musicaux qui ont inspiré les artistes ou encore profiter de la belle plume d’Hilda Alonso dans de courts poèmes – et dans une nouvelle !

Le Cabinet de Curiosités est un lieu étrange, magique, hors du temps. C’est un refuge pour tous les êtres qui en ont besoin. Yotika en est la gardienne. De son fil, elle répare et protège les miraculés qui renaissent doucement. Jusqu’au jour où une fissure bien plus grosse apparaît…

Après mon énorme coup de cœur pour le roman Ce dont rêvent les ombres, j’ai été enchantée de retrouver la plume d’Hilda Alonso. J’y ai découvert à nouveau son univers sombre et poétique, complexe, mais brillant. Les thèmes changent, mais le style obscur et rythmé que j’ai tant aimé dans son précédent roman est toujours bien présent. Des références culturelles se glissent entre les lignes, évoquant les artistes chers à l’auteure. Son prochain ouvrage sera un recueil de nouvelles appelé Perspectives du vide et j’ai eu l’impression parfois que quelques phrases faisaient écho à ce titre !

Les illustrations d’Alexandra V. Bach, à la fois sombres et féeriques et d’une rare finesse, accompagnent merveilleusement bien l’univers décrit par l’auteure. Les pages présentent à la fois des portraits de personnages, mais aussi des vues d’ensemble de l’intérieur du cabinet, qui donnent une aura mystique à l’ouvrage. Le ton steampunk est présent sans pour autant prendre le dessus sur la féerie et le fantastique qui habitent ces pages. Des illustrations qui font rêver !

Les portraits proposés sont très beaux, et les descriptions qui les accompagnent portent à la fois sur le physique, mais aussi sur le passé douloureux de chacun, sur ce qui fait que la créature est dans le cabinet. Les émotions passent et nous saisissent. Le personnage qui m’a le plus touchée est la gardienne-araignée. Elle pense aux autres avant de penser à elle-même, elle aime ses protégés plus que tout, mais est contente de les voir partir car cela veut dire qu’ils sont guéris. Elle va travailler ardemment pour tenter de sauver le cabinet alors qu’il est en danger. Le lecteur ressent toute l’ardeur qu’elle met dans sa tâche mais aussi son profond désespoir lorsque ces efforts semblent vains. Les personnages ne sont pas tous des créatures « vivantes ». On retrouve également des objets du quotidien, comme un haut-de-forme hautain, un livre craintif, etc., objets qui ont une âme et une parole.

Une seule chose m’a un peu dérangée : la mise en page du texte. Je trouve les pages un peu trop remplies pour un artbook. Je sais que, vu la quantité de texte, l’espacer voulait dire aussi devoir fournir plus d’illustrations et plus de pages et je me rend bien compte que ce n’est pas toujours possible, mais voilà, j’aurais aimé que le texte soit un peu plus aéré pour pouvoir profiter plus des illustrations en arrière-plan.

La fin du livre est très surprenante et ouvre une nouvelle perspective sur le livre. Des portes qui nous étaient fermées auparavant s’ouvrent et en relisant certains passages, on découvre des éléments qui étaient restés cachés. Petite interrogation de la fin : je serais curieuse de savoir si Hilda a écrit sur base des illustrations d’Alexandra ou inversement ! 🙂

Citations

« Respirer.
Simplement respirer. Ne croire en rien d’autre.
Regarder tomber le lent tourbillon des poussières fugitives.
Découvrir dans les nuances de l’ombre trop dense ce que le vert jalouse au bleu.
Ce que le bleu vole au gris.
Ressort bandé de l’horloge, qui claque.
Respirer.
Simplement respirer. Ne croire en rien d’autre. »

« Car toujours, la magie pour perdurer doit servir. Partout dans le monde, ceux qui souffrent ont besoin de secours. Et pour tous, un seul mot d’ordre ici-bas : s’entraider ou s’éteindre. »

« Le livre portait toujours les stigmates de son martyre : les pages humides, parfois déjà putréfiées, faisaient enfler tout l’objet dont la tranche, brûlée ici et là, rouillait aux abords des renforts de fer cassés. Le cuir lacéré de la couverture béait comme une plaie : la lame l’avait dépossédé de son nom… »

Conclusion

Original et étrange, cet artbook est non seulement un très bel ornement pour votre bibliothèque, mais aussi un magnifique ouvrage, autant au niveau de la plume poétique d’Hilda Alonso qu’à celui des illustrations magiques d’Alexandra V. Bach. Un beau duo d’artistes qui, je l’espère, continuera sa collaboration ! 🙂

#FungiLumini

Bonus

Pendant toute la période de noël, un pack collector du roman illustré, LE CABINET DE CURIOSITÉS, est disponible, comprenant de nombreux goodies :

14907163_1336144093076419_3639273828080435159_n
– Le roman illustré de 68 pages
– la carte Alkonost au format A5
– le marque-pages Clockwork Fairy
– une carte au choix : Sirin ou la Belle Endormie
L’offre est valable  jusqu’au 15 Décembre !
(frais de port à 0,10€- prix de vente 20€TTC)
Plus d’infos le site des Editions du RIEZ :
http://www.editionsduriez.fr/boutique/nouveautes/3825/

Apostasie

apostasie_webTitre : Apostasie

Auteur : Vincent Tassy

Éditeur : éditions du chat noir (Collection Griffe Noire)

Genre(s) : fantastique, gothique

Nombre de pages : 333

Mots-clés : solitude, forêt, magie, beauté, noirceur

Anthelme croit en la magie des livres qu’il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s’offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d’arbres écarlates, qu’il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche.
Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s’est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge.
Mais lorsque le maître de la Sylve Rouge, beau comme la mort et avide de sang, l’invite dans son donjon pour lui conter l’ensorcelante légende de la princesse Apostasie, comment différencier le rêve du cauchemar ?

Mon avis

Comment résister à cette couverture de Marcela Bolivar, à la fois mystérieuse et poétique, alliant à merveille noirceur et beauté? Elle représente selon moi parfaitement l’univers proposé dans ce livre. Je connaissais Vincent Tassy pour son travail de chroniqueur dans Obsküre Magazine et ce fut un véritable plaisir que de découvrir sa plume d’auteur à travers ce roman.

Anthelme, le protagoniste d’Apostasie, est un être solitaire qui se nourrit de littérature. Il erre pendant un temps à travers le monde puis découvre un endroit magnifique où il décide de s’installer. Ce lieu est peuplé d’arbres rouges, d’une faune et d’une flore étranges au charme surprenant. Il y fait la rencontre de Lennox, un petit chat pas comme les autres. La découverte d’un mystérieux livre l’amène à la Maison des Effraies. Il y trouve un monde à la fois ténébreux et merveilleux, horrible mais plein d’espoir, où l’étrange Aphelion règne en maître accompagné de son serviteur Alvaron.

Le propriétaire des lieux nous conte la légende teintée de magie et d’amour meurtri de la princesse Apostasie. On passe d’histoire en histoire, digressions enchanteresses qui rappelle l’enchâssement de récits des contes des « Mille et une nuits ». On sort envoûté de cette fable dont on aurait voulu ne jamais voir la fin. Après avoir écouté cette histoire, Anthelme n’a plus qu’une idée en tête : retrouver la princesse disparue et la libérer de l’enchantement qui l’emprisonne depuis des siècles… Va-t-il y parvenir?

L’auteur nous propose un récit poétique et mélancolique. Le roman est peuplé de valeurs antagonistes qui pourtant s’y marient parfaitement : l’horreur et la beauté, l’espoir et la désillusion, le monde réel et le rêve. Le personnage principal m’a énormément touchée par sa sensibilité, sa fragilité et son obstination dans sa quête de l’impossible. Je me suis sentie proche de lui, de son amour pour la nature, pour la littérature de l’étrange, de son besoin de s’éloigner du monde pour mieux se retrouver.

Ce roman est – entre autres – un récit vampirique. Il se dégage des vermines – nom donné par l’auteur à son nid de vampires – une tristesse mélancolique, une envie profonde de mort, une folie qui les rend attachants et fascinants. L’éveil du premier d’entre eux est énigmatique, voire mystique. Après des siècles de vie, ils n’ont qu’une envie : pouvoir enfin mourir. Leur nature d’immortels le leur refuse. Leur quête de mort est intrinsèquement liée à la recherche d’Anthelme de la princesse disparue.

Citations

« – Est-ce nécessaire?

-Voyons, Anthelme. Tu aurais dû oublier le sens de ce mot. C’est une histoire. Rien ne doit être nécessaire dans une histoire. Ainsi tout le devient. Tout est surprise. »

« Ça faisait mal de la regarder, si mal. Mais on ne pouvait pas détacher son regard d’elle, non ; il fallait la regarder, longue et brisée dans sa robe noire, et avoir mal avec elle ; parce qu’elle semblait porter en son sein toutes les tristesses du monde, et pourtant elle était là, bien là, face à nous. Revêtue comme une oriflamme du noir qui la rongeait. Vivante. »

« C’est ce qu’il faut faire, étreindre ce qu’on ne reverra plus, étreindre ce qui va tomber en poussière, étreindre ce qui me tue. Étreindre l’ombre, le corps enfoncé dans sa propre nuit, et fermer les yeux, comme lui, et se fermer le cœur, comme lui; que tout se taise. »

Conclusion

Je recommande ce récit magique et poétique, qui m’a totalement envoûtée : une lecture qui sort de l’ordinaire et qui emmène le lecteur dans un endroit unique qu’il voudrait ne jamais quitter. Le retour à la réalité après le séjour dans la Sylve Rouge est aussi dur pour le lecteur que pour Anthelme !

coup de coeurovni

#FungiLumini

Bonus:

Découvrez l’univers musical de l’auteur avec « Moonflower » d’Angellore, chanson en lien avec Apostasie : https://www.youtube.com/watch?v=EFPvcqnnkS4