Vertèbres

Titre : Vertèbres

Autrice : Morgane Caussarieu

Éditeur : Au Diable Vauvert

Genre(s) : fantasy urbaine

Nombre de pages : 304

1997. Petite station balnéaire des Landes. Jonathan, dix ans, vient d’être kidnappé. On le retrouve une semaine après sur une aire d’autoroute. Sa mère peine à le reconnaître : bien des choses ont changé en lui, la plus déroutante étant l’apparition d’une vertèbre supplémentaire…

Morgane Caussarieu revisite les années 1990 comme Stephen King le faisait avec Ça pour les années 1960. Entre Stranger Things et un Chair de poule pour adulte, culture horrifique débridée et métaphore sur la transformation du corps et la sexualité, elle signe son livre le plus ambitieux.

Mon avis

Lors des Imaginales 2021, j’ai profité de la présence de Morgane Caussarieu pour lui prendre son petit dernier en date. Plus de vampires dans celui-ci, on passe maintenant au loup-garou ! Vilain Chien ! a proposé une belle transition, mais la créature à fourrure qu’on retrouve ici est loin du gentil petit toutou docile. Morgane nous présente ici une version bien plus trash du mythe, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

Jonathan est kidnappé par une étrange femme à barbe. On le retrouve quelques jours plus tard, mais il est muet sur ce qui s’est passé durant son enlèvement, et il ne semble plus tout à fait le même. Sa mère le garde quelques jours à la maison, mais son état ne fait qu’empirer. Lui a-t-on vraiment rendu son fils ? Le doute s’immisce… Comment faire pour retrouver son gentil petit garçon d’avant ?

Le roman se partage sous deux perspectives : celle de Marylou la maman de Jonathan et celle de son amie de classe Sasha. Le point de vue de Marylou est celui de la mère célibataire qui a élevé son fils unique dans un cocon toute sa vie. Avant son enlèvement, Jonathan était d’ailleurs obèse et soi-disant toujours malade. Sa mère savait toujours ce qui n’allait pas et cette nouvelle situation dans laquelle elle ne reconnait plus son fils adoré l’insupporte et l’inquiète au plus haut point. Sasha est quant à elle une petite fille qui ne souhaite pas être associée au genre féminin. Elle vit dans un environnement pauvre, violent, ses amis et son chien sont sa seule bulle d’oxygène. Alors quand la mère de Jonathan refuse qu’elle aille le voir, elle ne peut s’empêcher de contourner les règles.

J’ai toujours beaucoup aimé les romans écrits sous forme de journal intime/introspection. Quand l’auteur fait bien son boulot (ce qui est le cas ici), on entre complètement dans le monde, la psyché du personnage, on découvre sa personnalité au travers des lignes qu’ils retranscrivent, du vocabulaire utilisé, des tournures de phrases. C’est un style de récit qui permet de cacher des choses, de remanier des événements en les expliquant à sa propre sauce. Du mensonge par omission ou de l’édulcorant par lesquels le lecteur se laisse bercer…ou pas.

La transformation physique de Jonathan est fulgurante. De petit garçon obèse, il devient élancé, poilu, sauvage. La comparaison avec le passage de l’enfance à l’adolescence n’est pas loin, et il est drôle de constater que le rapprochement entre l’ado et la bête féroce ne choque pas tellement. Jonathan est un personnage assez secret, qu’on voit évoluer aux travers du regard des autres. Il est difficile de savoir s’il est toujours là ou si la bête domine en lui, et cette tension rend le récit encore plus prenant ! (parce qu’avec Morgane, on ne sait jamais qui de ces personnages elle va oser tuer 😀 (sauf les poneys, s’il y a un poney, on sait qu’il va mourir)

Les références aux années 90 m’ont fait sourire, car c’est toute ma jeunesse qui y passe : moi aussi je collectionnais les feuilles Diddl et les cartes, je jouais aux pogs à la cour de récré, j’avais un tamagotchi… Bref, ce roman, bien que destiné à un public clairement adulte, m’a fait retomber un peu en enfance.

La violence est omniprésente, certaines scènes sont très crues, et d’autres travaillent plutôt sur le mental, le trauma. Au final, le récit pose la question, récurrente dans les romans de Morgane, de qui est vraiment le monstre de l’histoire.

Citations

« Cet épisode ne t’aide pas à dormir, bien sûr. Tu guettes les bruits de la maison. Les craquements des pas de Jonathan sur le plancher. Des pas légers, agiles, que tu ne reconnais plus. Jonathan était si lourdaud avant. Si maladroit et empesé. Mains il ne se remontre pas à ta porte. Tu as si peur pour lui. Si peur. Encore plus que pour toi. »

« De toute façon, je ne raconte jamais rien à Papa ni à personne, je garde tout pour moi, du moins les trucs importants. Y a qu’à toi que je dis tout.
Enfin presque tout. »

Conclusion

Une nouvelle réussite pour ce roman de Morgane qui traite cette fois de la figure du loup-garou. Le format journal intime permet une entrée directe dans la psyché des personnages, qui nous réservent tout de même quelques surprises ! Un récit ancré dans les années 90 violent et hyper prenant.

coup de coeur

#FungiLumini

2 réflexions sur “Vertèbres

  1. Pingback: Vertèbres, Morgane Caussarieu | L'Imaginaerum de Symphonie

  2. Pingback: Revue de presse de Vertèbres (au diable Vauvert) | Les gentils vampires n'existent pas

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