Nous qui n’existons pas

Nous_qui_n_existons_pasTitre : Nous qui n’existons pas

Autrice : Mélanie Fazi

Illustrateur : Stéphane Perger

Éditeur : Dystopia

Genre(s) : non-fiction

Nombre de pages : 144

« Est arrivé un jour où la fiction n’a pas suffi. »

Aussi curieux que cela puisse paraître, il me semble qu’une des forces de l’œuvre de Mélanie Fazi est que précisément la fiction n’a jamais suffi. Qu’elle a toujours su trouver d’autres biais pour exprimer cette tension personnelle, intime, dont elle nous fait part dans ce livre, et qui est matière de toute sa création.

Mon avis

Ce texte de Mélanie Fazi m’intéressait particulièrement : le titre m’a tout de suite interpelée, et l’autrice est bien connue dans le monde des littératures de l’imaginaire. Je la connaissais pour ma part grâce à sa nouvelle dans Bal Masqué que j’avais beaucoup aimée. La magnifique couverture est signée Stéphane Perger, artiste que j’avais adoré avec le premier tome de Dark Museum, quelques-unes de ses illustrations se trouvent dans le récit, en noir et blanc, et ajoute une dimension symbolique aux mots de l’autrice.

Ce court texte prend sa source dans un article réflexion du blog de Mélanie, publié en juin 2017 et intitulé « Vivre sans étiquette ». Il est disponible à la fin du livre, et j’ai pour ma part commencé par le lire pour me plonger dans le contexte. C’est une bonne introduction au sujet, et je pense même que je l’aurais mis en introduction du texte principal plutôt qu’en annexe.

Mélanie ne souhaite pas vivre en couple. Elle n’en éprouve ni l’envie ni le besoin. Elle  se pose beaucoup de questions sur son identité (sexuelle ou non) et ne trouve pas de terme pour se décrire, se définir, et cela lui donne l’impression de ne pas exister. Autour d’elle, les gens adoptent des comportements qui essayent de la faire entrer dans une case, de lui coller une étiquette, mais cela ne fait qu’empirer les choses. Ce livre est le témoignage de comment elle s’est construite autour de cette absence d’étiquette pour la définir, des difficultés qu’elle a rencontrées, mais aussi des moments de joie qu’elle a vécus.

Ce texte m’a choquée : pour moi, la différence est une force et une grande richesse. C’est elle qui permet au monde de se construire et de prospérer. Voir que l’autrice a tant de mal à trouver des gens qui n’essaient pas de la changer ou de lui dire ce qu’elle doit ou ne doit pas faire pour « aller mieux » est tellement triste et désespérant. Son décalage n’a pourtant rien de choquant ou de révoltant : elle souhaite juste vivre seule, sans qu’on lui impose la vision dominante de notre société du rôle de la femme qui doit absolument chercher à se poser avec un homme, se marier et  procréer.

Cette différence, qui ne devrait pas être grand-chose, lui pèse cependant au quotidien : dans des discussions (au cours desquelles le sujet de la vie amoureuse revient toujours), des questionnements indiscrets, et même dans son rapport à l’écriture. Les gens devraient essayer d’arrêter de se formater à un modèle existant et plutôt vivre leurs passions, leurs pulsions et leurs besoins à eux, sans jugement d’eux-mêmes et des autres, pour accéder au bonheur. Le monde irait beaucoup mieux si chacun apprenait à se connaitre, à s’écouter et à se respecter sans se soucier du regard des autres. Soyons bienveillants !

Ce livre est très intime, et l’autrice le dit dès le départ : il la concernera elle, Mélanie Fazi. Une mise à nu sincère et osée, mais essentielle pour avancer dans sa quête d’identité. Sur plusieurs aspects, je me suis sentie proche des ressentis de l’autrice – dans son rapport aux gens et à la solitude surtout – mais aussi parfois outrée par les comportements de certains.

L’autrice écrit majoritairement des nouvelles, souvent axées fantastique. Elle reçoit beaucoup de soutien de ses collègues auteurs lors de ses recherches. Je crois aussi que c’est pour cela que j’aime tant les littératures de l’imaginaire : ce sont des genres de fiction qui prônent la différence et son acceptation finale au terme de la quête d’un personnage au départ marginal. C’est un monde littéraire qui me semble bienveillant. C’est d’ailleurs le seul dans lequel j’ai vu des maisons d’édition « adverses » créer un collectif pour faire face ensemble aux difficultés du marché, car ensemble, on est plus forts.

La quête d’identité de l’autrice n’est cependant pas terminée. Bien qu’elle ait trouvé le chemin, elle doit encore en parcourir une partie, sans s’égarer à nouveau. J’espère qu’elle écrira encore sur la suite de son parcours, sur son blog ou dans un autre livre d’ici une dizaine d’années !

Citations

« C’est pour moi la plus grande énigme en la matière. Vivre seul est à mes yeux la chose la plus naturelle au monde et la plus grande liberté qui soit. J’y trouve une forme de paix qui ne m’est pas possible au milieu des autres et j’éprouve le besoin régulier de m’isoler pour me ressourcer. La solitude est pour moi quelque chose de nécessaire et de très beau, au point que j’ai du mal à comprendre pourquoi on l’agite comme un épouvantail, pourquoi il en est d’autres qu’elle angoisse à ce point. »

« C’est une révolution quand, pour la première fois, quelqu’un vous donne le droit de vous assumer. On m’avait toujours dit, en substance : « Tu ne peux pas être comme ça; personne n’est comme ça. » S’autoriser pour la première fois à penser « Ce que je suis existe et je n’ai pas à le changer », c’est incroyablement grisant. J’avais toujours su, intuitivement, que les autres se trompaient. Mais ils étaient si nombreux, si insistants parfois, que j’avais fini par les croire. »

« Vivre une différence, ce n’est pas seulement subir des insultes ou des violences. Ça peut être quelque chose de discret et de très quotidien. Il n’y a pas une journée où le monde ne me renvoie en pleine figure que je ne suis pas comme les autres, que ma grille de lecture de ce qui m’entoure n’est pas la même. Vivre une différence, ça peut être dépenser beaucoup d’énergie pour essayer de comprendre les autres, pour se fondre parmi eux, pour chercher des moyens de répondre à des questions très simples, qui ne le sont pas pour nous, ou de les esquiver. »

Conclusion

Faut-il entrer dans une case pour exister aux yeux du monde ? Mélanie Fazi répond à cette question avec sincérité, dévoilant ses questionnements, ses réflexions, ses émotions, ses expériences heureuses et malheureuses. Une mise à nu nécessaire dans sa quête d’identité, mais aussi une ouverture à la réflexion pour le lecteur, concerné ou non par cette différence.

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#FungiLumini

Une réflexion sur “Nous qui n’existons pas

  1. Dès qu’on n’entre pas dans une case on doit subir des remarques et parfois c’est vraiment difficile. Ah il est mignon lui essaie de sortir avec ça te fera du bien ! Ah bon tu veux pas d’enfants ? Bah t’es encore jeune. Et j’en passe. Il faut beaucoup de courage pour oser taper du poing sur la table comme ça, je n’aime pas trop ce type de texte mais bravo à l’autrice d’avoir osé 🙂

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