Le Château Noir

25395983_1894221513939047_2288873170622378970_nTitre : Le Château Noir ou les souffrances de la jeune Ophelle

Auteure : Anne Mérard de Saint-Just

Illustration : Toby Edward Rosenthal

Éditeur : éditions du Chat Noir

Genre(s) : romance gothique

Nombre de pages : 176

Sorti pendant la grande vague gothique française de la fin du XVIIIe, ce somptueux roman conte les infortunes d’une amoureuse triste, malmenée par une affreuse marâtre. Réclusion, manipulations et cauchemars terrifiants, une romance noire et tragique.

Mon avis

Ayant beaucoup aimé le premier roman gothique oublié réédité par les éditions du Chat Noir dans leur collection Gothicat (Le Solitaire), je me suis laissée tenter par le second. C’est Vincent Tassy qui est aux commandes de cette collection et il sélectionne pour nous des ouvrages qui ont connu un grand succès de leur temps, mais qui ont depuis lors disparu de nos bibliothèques.

J’aime beaucoup le fait que le livre commence par une préface détaillée sur le contexte de l’oeuvre et sa réception à l’époque. Nous sommes ici dans un roman écrit par une femme, et bien que l’auteure ait déjà rédigé de nombreux romans, c’est un des premiers qu’elle signe de son nom, en réponse au succès des romans gothiques anglais écrits par des femmes, qui ont la cote à cette époque. Une partie de cette préface cependant aurait selon moi été plus intéressante en postface : Vincent va très loin dans l’analyse du roman, allant jusqu’à parler de scènes bien précises desquelles le lecteur ne sait encore rien. Une partie qui serait donc plus intéressante d’avoir après lecture du roman (ou pourquoi pas carrément un chapitre « analyse » à la fin de l’ouvrage pour ceux qui sont passionnés par la littérature de cette époque et qui voudraient aller plus loin dans leur lecture ?)

Nous suivons le destin de Rozadelle de Saint-Ophelle (qui sera nommée dans toute la suite du roman Ophelle et non Rozadelle, convention de l’époque je suppose, mais assez surprenante pour le lecteur d’aujourd’hui !) : une jeune femme dont le père fortuné se remarie avec une dame qui va dilapider sa fortune pour organiser des soirées mondaines et mener une vie luxueuse. Il laissera sa nouvelle femme et sa fille en ville alors qu’il part à la campagne seul. La belle-mère continue son existence mondaine et entraîne sa belle-fille dans son sillage, la manipulant à sa guise, alors que celle-ci ne pense qu’à une chose, sa passion pour le comte d’Eloncour.

Amoureuse des romances à l’ancienne, dans lesquelles les hauts sentiments sont exacerbés à l’extrême et les discours amoureux sont enflammés d’une passion innocente, j’ai dévoré cet ouvrage ! La jeune Ophelle ne connait rien de la vie, naïve et innocente, c’est dans sa pureté que sa beauté se développe. Elle suit aveuglément les conseils, voire ordres, de sa belle-mère, qui ne lui veut pas toujours que du bien.

Les deux femmes partagent une passion amoureuse pour le comte d’Eloncour, un gentleman cependant peu fortuné. Celui-ci  aime Ophelle en retour, et les « amants » (l’auteure dit souvent amants, mais la passion n’est, je pense, jamais consommée) se déclament sous couvert de mille ruses (et parfois de chansons :D) leur amour. Il est intéressant d’observer les conventions de l’époque quand il s’agit de dames et d’hommes non mariés ! Malheureusement pour les amoureux, c’est la belle-mère qui décide du mariage d’Ophelle et elle ne laissera pas si facilement sa belle-fille lui passer devant. Va alors commencer un jeu de discussions et de manipulations pour la main d’Ophelle, jeu qui, comme le sous-titre du roman l’indique, ne va pas être aisé.

Le Château Noir, titre du roman, est le lieu dans lequel l’ambiance gothique du roman est à son apogée. Un endroit sombre, lugubre, où la lumière ne parvient pas à entrer et qui renferme nombre d’histoires sinistres… L’héroïne, dans son innocence, en aura de terribles cauchemars. C’est dans des scènes comme celles-ci que la force des sentiments déployés dans les anciens romans se distingue : les femmes s’évanouissent, sont transportées de terreur, sont envahies par la mélancolie des lieux… Une bâtisse qui devient presque un personnage tant elle a une âme.

Citations

« On ne peut donc fuir sa destinée : une jeune fille peut rarement disposer de son cœur : il semble que ses parents la regardent comme leur propriété, et la fatalité du sort veut presque toujours que nous préférions le mortel qui ne peut nous appartenir. »

« Je n’ai jamais compris comment autrefois, ne faisant qu’un, nous étions deux ; et qu’aujourd’hui qu’il est en moi (il y est bien : je le sens ; son cœur presse le mien), et qu’aujourd’hui qu’il habite en moi, je suis pourtant seule, toujours seule. »

Conclusion

Une romance d’un autre temps, où les passions les plus pures sont les plus déchirantes, une rivalité qui entraîne à la vilénie, des protagonistes guidés par leurs hauts sentiments, des lieux avec une histoire prenante et une langue soutenue font de ce roman une très belle découverte du roman gothique du XVIIIe siècle !

extra1

#FungiLumini

12 réflexions sur “Le Château Noir

    • Haha je t’avoue que je précommande presque tous leurs livres xD Mais je n’ai presque jamais été déçue des récits que j’y ai découverts , c’est une valeur sûre cette maison d’édition 🙂

      Aimé par 1 personne

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