Pornarina

1384018Titre : Pornarina

Auteur : Raphaël Eymery

Illustrateur : Aurélien Police

Éditeur : Denoël

Genre(s) : thriller fantastique

Nombre de pages : 208

Depuis des décennies, Pornarina ensanglante secrètement l’Europe. Les rares à connaître son existence – les pornarinologues – l’ont surnommée la-prostituée-à-tête-de-cheval. Elle serait coupable de dizaines d’homicides. 
À plus de quatre-vingt-dix ans, le Dr Blažek est un tératologue renommé. Il vit dans un château fort avec sa fille adoptive : Antonie, vingt-quatre ans. La jeune contorsionniste assiste le docteur dans sa traque obsessionnelle de Pornarina, mais s’éloigne bientôt de son père adoptif, rebutée par l’esprit communément pervers des pornarinologues. 
Trouvera-t-elle son salut dans la mystérieuse figure de la-prostituée-à-tête-de-cheval? 
Incroyable voyage au cœur d’une famille Addams européenne, comédie macabre qui ressuscite la grande tradition française du théâtre de Grand-Guignol, Pornarina séduit par son audace littéraire, sa constante inventivité, et explore, sur fond de guerre des sexes, le thème de la mythification des tueurs en série.

Mon avis

J’avais gagné ce livre à un concours (je pense sur le blog Just a word, merci encore :D) il y a un petit temps déjà. Je ne l’ai pas lu tout de suite, car on y parlait enquête et que ce n’était pas ce qui me tentait à ce moment-là. Quand j’ai vu que Guimause l’incluait dans sa sélection #pumpkinautumnchallenge (catégorie cri de la Banshee), je me suis dit que ça serait sympa de moi aussi le sortir de ma Pile à Lire. Et là, la claque, ce livre est génial ! Il aborde beaucoup des thèmes que j’adore : le freakshow, les tueurs en série, les sciences occultes, les cabinets de curiosités et la folie humaine. Il est tout ce que j’attends d’un roman noir. J’avais déjà lu des livres acclamés par le public et que les lecteurs classaient en « horreur » (Du Feu de l’Enfer de Sire Cédric pour n’en citer qu’un), mais je trouvais leur lecture prévisible et souvent redondante par rapport au genre. Rien de tout cela ici ! C’est LE roman que j’ai toujours voulu lire et il m’attendait sagement dans ma bibliothèque depuis tout ce temps !

Ceci est l’histoire d’une obsession : trouver la prostituée-à-tête-de-cheval, Pornarina. Cette figure féminine, légende ou réalité, fait l’objet de nombreuses recherches, souvent pas très catholiques, au sein d’une société secrète masculine, qui se nomme entre eux pornarinologues. Il y a une réelle concurrence entre les membres pour qui mettra le premier la main sur la prostituée. Pornarina est un fantasme qui hantera tout le récit. Le doute plane toujours, existe-t-elle vraiment? Femme noire et obèse à la mâchoire de cheval selon certains, déesse expiatrice pour d’autres, elle émasculerait ses victimes au seul moyen de sa dentition extraordinaire. Tueuse en série à la fois crainte et respectée, elle est le Graal des pornarinologues.

Le concept de base du récit est assez étrange : le fantôme de Sherlock Holmes nous raconte l’histoire du Dr Blazek, médecin des cas bizarres qui collectionne les curiosités. et parmi celles-ci, sa fille adoptive Antonie, contorsionniste de naissance, formée à combattre et à tuer. Ces deux personnages à eux seuls valent le détour. Le docteur est le fils de mères siamoises qui ont longtemps voyagé avec un cirque/freakshow et son plus grand regret est d’être né normal. C’est cette frustration qui le pousse à collectionner les étrangetés et bizarreries de la nature et à poursuivre Pornarina. Son discours est froid, clinique, tout ce qui importe, c’est sa quête et il espère bien que sa fille l’aidera dans cette tâche.

Antonie est recueillie par le docteur, sauvée de la misère des bidonvilles de Kiev. Elle a une capacité incroyable à replier son corps pour le faire passer n’importe où. Elle va même jusqu’à disloquer certains de ses os pour entrer dans des espaces hyper exigus. Elle est d’ailleurs souvent décrite comme ressemblant à un lézard ou un serpent. Le docteur va la traiter comme sa propre fille, mais l’entraînera pour que son « talent » se développe à son potentiel maximum (ce qui donne des scènes assez étonnantes et difficiles à imaginer de son corps qui se désarticule complètement et qui n’a plus rien d’humain). Après une mission concernant Pornarina réalisée pour le docteur, elle sombre petit à petit dans la folie. Les événements qui vont survenir par la suite ne feront que la pousser davantage vers le fond du gouffre et cette descente en enfer est fascinante à suivre. La galerie des autres personnages est tout aussi colorée et dérangée, que ce soit les autres pornarinologues, la famille de Blazek, la secte qu’on rencontre à la fin, etc.

Le duo de protagonistes habite dans un ancien château avec deux domestiques (dont un qui ressemble au monstre de Frankenstein niveau carrure et mental :p), dans lequel humidité et poussière ont élu domicile. Cet endroit donne une ambiance particulièrement sombre et glauque au récit. Les couloirs sont obscurs et sans fin, un véritable dédale dans lequel se perdre, et dans lequel on ne vous entend pas hurler. Les autres lieux que nous visiterons sont très différents, mais gardent toujours cette aura un peu sale, malsaine.

J’ai beaucoup aimé les différents extraits d’étude ou de recherches « scientifiques » qu’on retrouve dans ce livre. C’est étrange, car le style d’écriture fait un peu ancien , désuet (positivement bien sûr) par moment, mais les références de l’auteur sont par contre contemporaines, ce qui donne un roman tout à fait atypique.

Ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains : ce n’est pas juste une enquête un peu noire sur Pornarina. On assiste à des scènes bizarres, voire malsaines, à des discours dérangeants et régressifs, à des actes de folie extrême. On ne s’attend tellement pas à tout ce qui s’y déroule. Cette lecture a été un vrai délice pour moi que l’étrange et la folie fascinent !

Citations

« Comment de telles incisives sont-elles arrivées dans la bouche de l’anatomie? Quel chirurgien fabuleux a eu cette idée merveilleuse – des dents de cheval dans la bouche d’une femme – et assez de talent pour la mettre en oeuvre ? Chacun l’ignore. »

« Elle était la Mort telle que conçue par la Nature – noire, rouge, brutale, nourrissante, au service de la Vie. Et non la mort telle que dégradée par la civilisation – lente, stérile, terminaison d’années de souffrance ne laissant derrière elle qu’un cadavre blafard, infecté, contagieux. »

« Arrachant des toiles d’araignées, deux petites filles couraient entre les colonnes d’un souterrain. Elles portaient des robes grises avec de gros nœuds. Elles criaient « Cherchez l’obèse ! Cherchez l’obèse !  » et brandissaient chacune un pieu. Des adultes silencieux les suivaient. »

Conclusion

Une quête insensée dont le Graal est la tueuse en série monstrueuse Pornarina dirigée d’une plume à la fois délicieusement désuète dans certains passages, clairement addictive dans d’autres. Une collection de personnages étrangement colorés dans une sombre ambiance malsaine. Un roman hors norme, à ne pas mettre entre toutes les mains. Un coup de cœur surprise pour ce récit dérangé et dérangeant !

12341510_10207042398671215_207821305737772427_npublic averti horreurovni

#FungiLumini

15 réflexions sur “Pornarina

  1. Excellente chronique! Ceci me conforte évidemment dans mon envie de découvrir ce roman… Je suis généralement très fan des histoires type « freak show », « monstres » et autre. Mais là, avec l’ambiance glauque en prime, l’enquête, les personnages, le côté malsain à souhait… Je pense que ça devrait me plaire!

    Aimé par 1 personne

  2. Merci de ta critique ! J’en avais entendu parler mais je ne savais pas du tout de quoi ça parlait… Tu donnes bien envie de se lancer dans ce roman apparemment atypique, même si je pense que je ne sois actuellement pas dans le bon état d’esprit pour quelque chose d’aussi torturé^^.

    Aimé par 1 personne

    • J’ai attendu d’être dans le bon été d’esprit aussi pour le lire, c’est pour ça qu’il a traîné dans ma PAL longtemps :p Mais no regrets maintenant, je l’ai adoré !

      J'aime

  3. Pingback: #106 C’est lundi ! Que lisez-vous? | Livraisons Littéraires

  4. Pingback: Pornarina – Raphaël Eymery | OmbreBones

  5. Pingback: Pornarina – Le Chat Séraphique

  6. Pingback: Pumpkin Autumn Challenge 2019 | Livraisons Littéraires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s