Orphelin des mots

9782253186045-001-T

Titre : Orphelin des mots

Auteur : Gérard Louviot

Éditeur : Le Livre de Poche

Genre : Témoignage

Nombre de pages : 284

Mots-clés : Illettrisme, apprentissage, lecture, écriture, difficulté, force, courage

 

Quatrième de couverture

Ne pas savoir lire, c’est comme ne pas pouvoir respirer. C’est se battre pour se frayer un chemin, ruser, contourner, encaisser. Une souffrance inimaginable. Gérard a grandi en Bretagne, dans une famille d’accueil. Enfant, il est incapable de retenir une leçon et d’apprendre à lire. Tétanisé par la honte, il doit affronter les moqueries et les vexations. Adulte, sa vie devient un parcours du combattant, d’autant plus qu’à son handicap s’ajoute la peur d’être démasqué comme illettré. À 35 ans, il ose se confier à son patron. Touché par la souffrance de cet homme, le chef d’entreprise lui offre la possibilité de prendre des cours. Plus qu’une libération, c’est une renaissance. Pour la première fois, un livre raconte cette humiliation qui condamne, en France, près de 3 millions d’illettrés à vivre à l’écart de la société.

Mon avis

Pour faire court : j’ai adoré ! Je vais quand même essayer de donner un avis un peu plus étayé que cela.

L’histoire est celle de Gérard, adulte qui est resté pendant très longtemps un illettré mais qui a réussi à se battre et à sortir de là grâce à son courage et à sa persévérance. Pour bien que le lecteur comprenne comment il en est arrivé là, Gérard – avec l’aide de Virginie Jouannet – nous conte tout d’abord son enfance, ses difficultés scolaires, le fameux bonnet d’âne et enfin la scolarité dans un établissement spécialisé avant de devenir un apprenti. Vient ensuite l’armée puis le retour à la réalité et la vie de travailleur. Durant toutes ces étapes de sa vie, Gérard nous décrit la difficulté d’évoluer dans le monde en étant illettré ou quand le simple fait de conduire une voiture d’un point A à un point B devient impossible puisqu’il ne peut pas suivre les panneaux.

Avant de continuer, je vais préciser un point tout de suite parce que je sais que mes propos qui suivent peuvent porter à confusion : je n’ai rien contre les professeurs, comme tout le monde, j’en ai eu de très bons et d’autres vraiment pas. Cela dit, ils ont fait leur job et je le respecte, mes dires ne sont pas anti-profs ou quoi que ce soit. On est également bien d’accord que l’époque évoquée dans le livre est différente de celle d’aujourd’hui.

Les moments de son enfance m’ont tout particulièrement marquée parce que, bien que je ne fasse pas partie de ces gens qui croient que l’enfant est roi, je trouve qu’ici, le petit Gérard a été totalement ignoré par les adultes. Je précise qu’il s’agit de mon avis personnel, et qu’en aucun cas, l’auteur n’en veut à ses parents ou professeurs. Alors, c’est vrai que ça peut paraitre bizarre que, moi, je leur en veuille mais je trouve qu’il n’y a pas eu assez de recherches ou d’observations pour savoir ce qui n’allait pas. Les professeurs se sont contentés d’un « il est trop bête pour apprendre », de lui mettre un bonnet d’âne (je suis d’ailleurs vraiment contre cette vieille pratique que je trouve particulièrement stupide et humiliante ; si on veut casser la confiance en soi d’un enfant, c’est génial) et puis voilà. Je ne pense pas que ce soit une bonne façon d’enseigner aux enfants. Parfois, il suffit d’un(e) logopède pour aider l’enfant à surpasser ses difficultés ; parfois, il faut leur apprendre à vivre avec parce qu’il n’y a malheureusement pas de solution miracle. Mais en aucun cas, leur dire/répéter qu’ils sont stupides ne va les aider. J’ai vraiment ressenti de la colère pour cet enfant, et je suis d’ailleurs assez émerveillée par le fait, que lui n’en veuille à personne. Personnellement, je ne pense pas que j’en serai capable – surtout envers le corps professoral. Gérard nous explique aussi son enfance heureuse à Ar brug, même s’il ignore qu’il s’agit d’un établissement spécialisé. Cependant, à la fin, il ne sait toujours pas lire ni écrire sans devoir y réfléchir très longtemps.

Évidemment, cela complique les choses lors de sa formation mais Gérard s’en sort et obtient son CAP grâce à, je cite, « la pratique et à mon 20 sur 20 en sport ». Il va également obtenir son permis de conduire en jouant de subterfuges. À l’armée et par la suite, dans sa vie professionnelle, c’est pareil, c’est en rusant qu’il s’en sort jusqu’au jour où le travail physique étant trop devenu trop éprouvant pour son corps, il faut se réorienter. Gérard va alors en parler à son boss, et de là, va recommencer un apprentissage très long et ardu. J’ai particulièrement apprécié le fait que Gérard nous dévoile les réactions des autres par rapport à lui, principalement parce que je ne comprends pas pourquoi les gens se moquent-ils comme ça des autres ? Je veux dire, ces gens sont-ils bons dans tous les domaines ? J’ai des doutes. Quand il nous narre le passage où il doit aller au tableau écrire une recette en boulangerie et qu’évidemment, il n’arrive pas à écrire sans faute, la réaction des gens est de se moquer (même s’ils ne disent rien on comprend qu’ils n’en pensent pas moins) et j’avoue que cela m’a vraiment attristée et un peu mise en colère. Pour Gérard, le sentiment qui prédomine dans ces moments-là, c’est la honte. Honte qui remonte à l’enfance, alors que franchement, il n’y a pas de quoi avoir honte d’avoir des problèmes. J’imagine que beaucoup d’illettrés se sentent comme cela, et je trouve que c’est vraiment malheureux. Mini-spoiler : on découvre finalement que Gérard est dysphasique et que c’est une des raisons pour lesquelles il a eu autant de mal à apprendre. On voit également à quel point c’est un combat de tous les jours que mène Gérard avec l’aide de sa femme et ses enfants mais aussi qu’il faut une bonne dose de bravoure et de ténacité pour l’entamer.

Je ne vais pas commenter le style parce que bien que je trouve que Virginie Jouannet ait fait un travail formidable, je ne vois pas trop l’intérêt. Par contre, j’ai beaucoup aimé les « explications » données pour certaines difficultés, par exemple, quand Gérard dit que les lettres doublées ou les lettres muettes sont problématiques parce qu’elles n’ont pas beaucoup d’intérêt – ou du moins, il ne le voit pas. Pour quelqu’un qui n’a jamais eu de difficultés au niveau de la lecture ou de l’écriture, j’ai trouvé ces interprétations vraiment intéressantes et enrichissantes pour la compréhension de (l’obstacle rencontré par) l’autre.

Citations

« S’il n’y avait pas eu ce manque dans ma vie, je pourrais être heureux. L’ignorance me tient toujours en éveil. C’est un combat, le langage qu’on ne possède pas. Un combat de tous les jours presque perdu d’avance, mais ce presque suffit à me pousser devant, encore et encore. »

 « Ces exercices, ces poèmes que j’invente, que je sors de moi me poussent à travailler dur, jour et nuit. Il y a de la magie dans ma tête et ça me porte ! Lire est magique : comprendre et parler et jouer avec les mots, il faut que j’en engrange le maximum pour plus tard, tant que je peux. »

Conclusion

Je n’ai qu’une seule chose à dire : lisez-le 😀 Même si vous n’êtes pas fan des récits de vie/témoignages, il en vaut vraiment la peine.

incontournable rectangle             extra1

#Coco

2 réflexions sur “Orphelin des mots

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