La Servante Écarlate – Lecture commune 02

To live is the rarest thing in the world. Most people exist, that is all.

Avis de Marty

Avec cette deuxième partie de lecture, nous entrons vraiment dans le vif du sujet. Depuis le début du roman, l’auteur nous laissait des indices sur le cœur du fonctionnement de cette nouvelle société, mais ce vers quoi ils semblaient mener paraissait presque impossible. Maintenant nous savons exactement ce qu’il s’y passe.

Les femmes encore capables de procréer sont utilisées comme des bêtes reproductrices. Lors d’une cérémonie complètement perverse, tous les habitants de la maison sont invités à entendre des extraits de la bible lus par le commandant. Une fois la lecture terminée, restent dans la chambre le commandant, sa femme et la servante. C’est à ce moment, que le commandant « baise », comme le dit si bien l’héroïne, la servante couchée sur les genoux de sa femme. Ce qui est étonnant dans cet épisode – une fois que l’on est entré dans la logique du livre qui veut que cet acte soit nécessaire à la survie de l’espèce – c’est que la servante ne vit pas cet accouplement comme un viol. Elle dit avoir fait un choix et l’assumer… J’imagine que l’on saura plus tard quels étaient les autres choix qui s’offraient à elle. Quant à l’épouse, son aversion pour la servante est fortement renforcé à chaque cérémonie.

La suite du récit ressemblerait presque à un script cinématographique. En effet, l’histoire est sans cesse entrecoupée de flash-backs ou de projections dans le futur de l’héroïne, comme si nous étions dans sa tête et que nous évoluions au fil de ses pensées. Ce procédé casse peut-être la routine de la progression du récit, mais il a le grand désavantage de le ralentir fortement, ce qui est parfois assez frustrant.

Ainsi, pendant cette lecture, on a des bribes d’informations sur Moira, une amie qu’elle avait à l’université et qu’elle a retrouvé dans le «centre de formation des servantes». On ne sait pas grand-chose sur elle, mais elle n’avait pas l’air résigné à assumer son sort, personne ne sait ce qu’elle est devenue. On en apprend un peu plus aussi sur sa famille: Luke, son mari probablement mort en essayant de fuir la nouvelle société, et sa fille qui avait 5 ans au moment où elles ont été séparées… On ne sait pas grand-chose de sa vie passée, mais comme elle, on ne peut qu’espérer que ces personnes soient encore vivantes, pour garder l’espoir qu’un jour elle puisse sortir de cet enfer.

Après la cérémonie, l’héroïne perd un peu la tête et ressent le besoin de se sentir libre et vivante. Elle s’aventure alors dans la maison de nuit pour essayer de voler un objet qui pourrait plus tard lui rappeler ce moment. C’est là qu’elle tombe sur Nick, le chauffeur du commandant. D’abord, ils se touchent et s’embrassent, comme s’ils avaient tous les deux besoins d’un bol d’amour, de tendresse et de liberté avant de retourner à leur vie. Ensuite, Nick lui donne une drôle d’information: le commandant souhaite la rencontrer, seule, le lendemain soir. On comprend que l’héroïne se trouve dans une situation délicate; elle n’a pas le droit d’être seule avec le commandant ni même de lui adresser la parole, mais théoriquement, le commandant est son supérieur et elle doit lui obéir. Ses possibilités sont donc restreintes, et quoi qu’elle choisisse, elle se mettra en danger…

J’ai donc assez hâte de lire la suite… Que choisira l’héroïne ? Que veut le commandant ? Nick et la servante vont-ils se revoir ? Que sont devenus Luke, Moira et la fille de l’héroïne ? Une issue est-elle envisageable ? Suite au prochain épisode !

Avis de Fungi Lumini

On rentre petit à petit dans le monde de Margaret Atwood. On sait enfin dans cette partie quel rôle occupe Offred dans son foyer. On apprend aussi pourquoi on a besoin d’elle, mais toujours pas pourquoi elle a dû prendre cette place. On assiste à la scène malsaine de la cérémonie et on se demande comment une personne a pu un jour décider d’infliger ça à la servante écarlate et à l’épouse… et surtout pourquoi elles acceptent cette scène d’humiliation !

Les servantes écarlates ont aussi des examens médicaux obligatoires. Le médecin qui s’occupe d’Offred lui fait une proposition, certes indécente et malsaine mais utile, qu’elle pourrait accepter, mais qui signifierait la mort si on découvrait la vérité. Dans cette société, on ne sait jamais vraiment qui est de quel côté… Souhaite-t-il vraiment l’aider ou plutôt la piéger?

« Is that how we lived then? But we lived as usual. Everyone does, most of the time. Whatever is going on is as usual. Even this is as usual, now.
We lived, as usual, by ignoring. Ignoring isn’t the same as ignorance, you have to work at it. »

Le quotidien d’Offred est fait de petits riens, détails qu’elle n’aurait pas remarqué si elle ne restait pas à rien faire toute la journée. Une petite phrase sur un bout de papier trouvé dans sa chambre, un mot sur un coussin alors que toute lecture est interdite, une fleur presque fanée. Des choses insignifiantes qui font pourtant tourner son monde.

J’ai parfois un peu de mal à me situer dans la ligne du temps de ce roman. Il y a les moments présents, mais aussi du passé, ceux qu’elle a passé avec sa famille, avec Moïra ou encore au gymnasium avec les « tantes ». Il y a aussi ce qu’elle imagine. Bref, beaucoup d’instants assez brefs mais mélangés dans la narration qui sont, pour moi, parfois un peu difficiles à combiner.

« But this is wrong, nobody dies from lack of sex. It’s lack of love we die from. There’s nobody here I can love, all people I could love are dead or elsewhere. Who knows where they are or what their names are now? »

Dans le dernier chapitre, une servante écarlate est sur le point d’accoucher. Des choses bizarres se déroulent, car ce n’est pas les médecins mais les autres servantes qui vont l’assister. Elles sont toutes conviées à l’accouchement, ainsi que les épouses. On apprend aussi qu’elle peut mettre au monde un « unbaby » à la place d’un bébé normal, dont on se débarrasserait à la naissance. La femme enceinte ne peut pas savoir avant la naissance de quoi elle va accoucher, car les technologies « anciennes » (l’échographie par exemple) ne sont plus utilisées… Quel monde horrible ! Beaucoup de questions restent encore en suspens et j’ai hâte de continuer ma lecture !

Avis de Yuixem 

Gros coup de coeur pour cette deuxième étape de notre lecture commune ! Je suis littéralement tombée sous le charme de la narration de Margaret Atwood. Comme l’on fait remarquer FungiLumini et Marty, celle-ci est totalement déconstruite, croisant des flash-backs de plusieurs époques différentes à des scènes imaginées ainsi qu’aux actions qui se déroulent au temps présent. Paradoxalement, tout se mélange, tout se distingue et tout semble flou. Suivre ainsi le déroulement des pensées de l’héroïne est des plus réalistes et nous immerge complètement dans le récit. A son image, on ne sait plus où donner de la tête pour ne pas perdre sa propre santé mentale.

Comparé à la série, on se trouve ici dans un récit beaucoup plus intimiste et mettant davantage en avant la perversité de la société imaginée par l’auteure. Et ce qui est le plus dérangeant là-dedans, c’est que l’on imagine facilement notre monde réel pouvoir évoluer vers une telle société, ce qui en exacerbe davantage son horreur !

J’apprécie également que l’histoire prenne son temps pour se développer. Avec cette étape, nous nous sommes bien installées dans cet univers, nous en comprenons davantage les rouages et avons bien cerné la personnalité de notre personnage principal. La prochaine étape s’annonce sans doute un peu plus riche en action avec la séance d’accouchement qui se promet ainsi que le futur rendez-vous entre Offred et le Commandant !


Avez-vous déjà lu ce livre? Dites-nous ce que vous en pensez 🙂 N’hésitez pas à nous rejoindre !

#Marty #Yuixem #FungiLumini

2 réflexions sur “La Servante Écarlate – Lecture commune 02

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