Fille de Sang

fille-de-sang1Titre : Fille de Sang

Auteure : Arounwadi

Traducteur : Marcel Barang

Éditeur : Gope éditions

Genre(s) : biographie ?fictive?

Nombre de pages : 230

Une jeune provinciale d’à peine vingt ans paie le prix d’une enfance et d’une adolescence misérables. Pour se venger des sévices, privations et humiliations qu’elle a subis ; pour implorer des bribes de tendresse de la part de parents qui rejettent son amour – son père militaire qui la répudie ou, au mieux, la brutalise ; sa mère, qui change d’homme comme de sarong et se défoule sur elle de ses frustrations – ; par esprit d’autodestruction et en se calquant sur la cruauté ordinaire du monde rural qui l’entoure envers les animaux domestiques : de dope en perf, de fil en aiguille, cette provinciale joue avec son sang. Un récit peuplé de types humains criants de vérité ; un texte dérangeant, au style musclé, au verbe dru, qui donne de la Thaïlande de tous les jours une image authentique à mille lieues des clichés touristiques.

Mon avis

J’ai reçu ce livre lors de la dernière masse critique, je remercie donc Babelio et Gope éditions pour l’envoi ! La couverture très  intrigante et l’envie de découvrir un ouvrage de littérature asiatique m’ont poussée à postuler pour ce livre. Ayant déjà été en Thaïlande, j’avais hâte de redécouvrir ce pays sous un autre angle de vue et d’en découvrir plus sur la culture thaïlandaise. Ça n’a pas vraiment été le cas ici.

Les premiers mots qui me viennent en tête quand je pense à ma lecture sont « choc des cultures » ! Le récit est à la première personne : la protagoniste nous raconte sa vie, ses pensées. Enfant non désirée, fillette battue et mal aimée, adolescente droguée et suicidaire, malade mentale, elle n’a connu que la violence et la solitude à chaque époque de sa vie. Malgré cela, je n’ai jamais réussi à la plaindre. J’étais parfois désolée pour elle, mais la plupart du temps, elle m’énervait. Elle ne se rebelle jamais vraiment contre l’autorité parentale. Elle se laisse faire, tout le temps. Le seul moyen qu’elle trouve pour attirer l’attention, c’est se rendre malade ou tenter de se suicider. Et encore, ça n’a souvent pas beaucoup de résultats. Peut-être que notre culture est trop différente de la sienne, mais comment peut-elle rester aussi passive face aux situations qu’elle vit?

J’avais aussi beaucoup de mal à comprendre les autres personnages : la mère qui pleure quand la protagoniste se fait du mal, mais qui n’a aucun remord à la laisser seule avec des étrangers qui la maltraite pendant qu’elle part s’amuser avec des « amis ». Son père qui ne veut pas la reconnaître, qui l’interdit de l’appeler « papa », mais qui passe plein de temps avec elle, sans pour autant lui montrer aucun signe d’affection. Sa sœur qui ne fait que partir et revenir au domicile familial. Et tous les autres gens, voisins, famille, amis, qui ont l’air de trouver normal qu’une enfant soit maltraitée, mais qui vont l’insulter et lancer des rumeurs sur elle dès qu’elle rentre un peu tard chez elle. Une vie sans amour, sans tendresse ni compassion, voilà ce qui a mené la protagoniste à ses dérives sanglantes.

Ce livre décrit beaucoup de scènes d’abus de pouvoir, de violence, de maltraitance. Vers la moitié du livre, la maison familiale devient un abattoir et des animaux y sont tués quotidiennement. J’ai beaucoup de mal à supporter les scènes de souffrances animales, et elles étaient décrites avec un tel détachement que c’en était horrible. La petite fille regarde, voire aide, à tuer les animaux. Elle ne fait qu’obéir aux ordres de ses parents, mais va durant son enfance tuer un nombre impressionnant d’êtres innocents. J’ai cru que j’allais être malade parfois, entre les scènes d’abattoirs clandestins dans le jardin de la maison, le festin de sang et de viande crue qui s’ensuivait et le récit de la protagoniste à l’hôpital, qui s’amuse à se vider de son propre sang en enlevant et remettant les tubes et aiguilles de sa perfusion, parce qu’elle trouve ça fascinant. J’avais même parfois l’impression de sentir moi aussi l’odeur du sang tellement ce livre en est gorgé.

J’avais souvent des difficultés à imaginer l’âge de la protagoniste. La narration varie aussi entre le passé et le présent, mais tout est écrit à l’indicatif présent et le passage d’un à l’autre n’était pas toujours très clair. Aucun lieu n’est renseigné et à part quelques pratiques et métiers qu’on ne retrouve pas ici, je n’ai pas vraiment eu l’impression de découvrir la Thaïlande, ce que je trouve dommage.

J’ai par contre beaucoup aimé la plume de l’auteure, fluide et assez crue : ce qu’elle pense, elle l’écrit, même si ça choque ! J’avoue aussi que, même si je n’aimais pas la protagoniste, j’avais quand même envie de savoir ce qui allait lui arriver.

Citations

« Avec une paire de pinces, elle a enfoncé de grosses boules de coton dans les narines, les oreilles et les autres orifices du corps. J’ai demandé à mes voisines à quoi ça rimait. C’est pour empêcher le sang et les humeurs de s’écouler, m’a-t-on répondu. Que je meure et, si ça se trouve, on va me bourrer de coton aussi. Peut-être qu’ils ont peur que je reprenne connaissance et revienne à la vie pour mourir de nouveau, faute de pouvoir respirer par la bouche, obturée par une pièce de monnaie inamovible, vu que j’aurais les mains liées. Avant que j’aie défait les liens, je serais rôtie à point sur le brasier. »

« Mon psychiatre,
Docteur, à quoi mesure-t-on la valeur d’une personne? A mon avis, on la mesure au coût de ses funérailles.
Il est tard. J’ai sommeil. Je suppose que le nouveau somnifère est en train de faire effet. Je tombe de sommeil.
Au revoir, psychiatre.
Je vous quitte avant deux heures du matin aujourd’hui. A quelle heure vais-je me réveille? Midi sans doute. Si je ne me réveille plus, qu’est-ce que je vais faire, docteur? »

Conclusion

J’ai du mal à dire si j’ai aimé ou non ce livre : j’ai aimé la plume de l’auteure et le récit qu’elle nous a conté, mais je n’ai pas du tout apprécié les personnages et cette omniprésence maladive du sang. Attention, ce livre s’adresse selon moi à un public averti.

indécisepublic averti horreur

#FungiLumini

Une réflexion sur “Fille de Sang

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