Kallocaïne

Dz8LF0LaNAl5tgcbWx3fI6zH9aE@455x752Titre : Kallocaïne

Auteure : Karin Boye

Traduit du suédois par Leo Dhayer.

Éditeur : Les moutons électriques (collection Hélios)

Genre(s) : dystopie

Nombre de pages : 237

Dans une société où la surveillance de tous, sous l’œil vigilant de la police, est l’affaire de chacun, le chimiste Léo Kall met au point un sérum de vérité qui offre à l’État Mondial l’outil de contrôle total qui lui manquait. En privant l’individu de son dernier jardin secret, la kallocaïne permet de débusquer les rêves de liberté que continuent d’entretenir de rares citoyens. Elle permettra également à son inventeur de surmonter, au prix d’un viol psychique, une crise personnelle qui lui fera remettre en cause nombre de ses certitudes. Et si la mystérieuse cité fondée sur la confiance à laquelle aspirent les derniers résistants n’était pas qu’un rêve ?

On considère Kallocaïne, publié en 1940 en Suède, comme l’une des quatre principales dystopies du XXe siècle avec Nous autres (Zamiatine, 1920), Le Meilleur des mondes (Huxley, 1932), et 1984 (Orwell, 1949).

Mon avis

Je ne savais pas trop à quoi je m’engageais en commençant ce livre, mais la vidéo de Too many books m’avait donné bien envie de lui laisser sa chance ! Souvent comparé à Le meilleur des Mondes ou encore 1984, venant directement de Suède (pays duquel je ne connais pas encore bien la littérature) et datant de la première moitié du XXe siècle, cet ouvrage court est sorti assez rapidement de ma pile à lire. J’avais en effet hâte de comparer cette vision futuriste d’une société totalitaire de l’époque avec celle du monde actuel, et je n’ai pas été déçue !

La société que l’on découvre est issue de l’idée d’un système totalitaire poussée à l’extrême. L’État Mondial est un large territoire composé de plusieurs villes souterraines (pour se cacher des ennemis), qui abritent des camarades-soldats. Leur existence est entièrement dédiée à servir l’État. Dès leur plus jeune âge, les enfants sont envoyés au jardin d’enfants, puis au camp de jeunesse pour être éduqués à la discipline de l’État (conditionner à lui obéir quoi :p ). Les jeunes ne sont pas les enfants de leurs parents, mais appartiennent à l’État, qui en disposera comme il le souhaitera. Les citoyens sont formés dans un domaine dans lequel ils sont doués et passent leur vie à travailler en journée, à faire des rondes de surveillance quelques soirs/semaine et à assister à des fêtes et conférences organisées par l’État pour les divertir. Chacun de leurs gestes est filmé, leurs conversations sont enregistrées, afin de garantir leur sécurité et celle de l’État. Un mode de société qui fonctionne bien tant que l’individu ne réfléchit pas trop.

Le récit est le témoignage d’un scientifique de l’État Mondial. Ce personnage, Léo Kall, est un citoyen modèle, défenseur de l’État et de ses valeurs. Il a créé un sérum de vérité hyper puissant qu’il commence à tester sous la supervision de son chef Rissen sur des volontaires fournis par le système. L’expérience est une totale réussite : les sujets d’étude se dévoilent entièrement, sans retenue, aux scientifiques, et plus tard aux autorités auxquelles ils sont confrontés. Plusieurs problèmes se posent néanmoins : que fait-on des citoyens volontaires qui ont révélé des questionnements/doutes par rapport à l’État? Les individus testés se rappellent tout ce qu’ils ont dit sous l’effet de la drogue. Qu’en est-il des répercussions sur leur vie de tous les jours, après  savoir s’être eux-mêmes trahis?

Un problème éthique se pose : doit-on condamner un citoyen par rapport à ses pensées? Il se peut que cette personne suive les règles à la lettre et respecte les lois, mais qu’il ait des pensées individualistes. À partir de quand un individu devient-il « à risque »? Au final, tout le monde pourrait être accusé pour des idées un jour pensées. Qu’en est-il aussi du problème de culpabilité par rapport à des pensées inconscientes? Une personne peut très bien réfléchir à certaines choses et les penser meilleures sans pour autant les appliquer à son quotidien. Léo va se poser de plus en plus de questions quant au bien-fondé de son invention.

J’ai trouvé la société décrite par l’auteure super intéressante et surtout très bien développée et du coup, très convaincante. Le quotidien des camarades-soldats est expliqué très clairement et en détail, ce qui nous permet une immersion totale dans ce système si différent du nôtre. J’ai aussi aimé les réflexions que cet ouvrage apporte. L’omniprésence de la surveillance constante par exemple m’a fait m’interroger sur les limites de la violation d’intimité. Je me suis aussi demandé si cet excès de mesures de sécurité ne pousserait pas aussi à la paranoïa par rapport aux autres citoyens? Si de tels systèmes sont en place, c’est qu’ils sont nécessaires, qui croire, à qui faire confiance?

La narration se fait sur un ton assez neutre, voire froid. Léo Kall est au départ entièrement dévoué  à l’État et à l’aide qu’il pourrait apporter au système grâce à son invention. Son existence en tant qu’individu est totalement niée, mise au second plan, ce qui en fait un personnage assez réservé. Il a bien appris la leçon et se soumet aux règlements, tel un brave petit soldat bien dressé. C’est un orateur doué, il se lance parfois dans des discours pro-État, qui nous semblent un peu trop parfaits pour être sincères. Ce qu’il dit semble au final plutôt être déclamé pour le convaincre lui du bien-fondé de ce qu’il fait, plutôt que les autres. Il évolue au cours de l’histoire grâce notamment aux questions qui apparaissent par rapport à son expérience et aux personnes qu’il rencontre.

Citations

« On peut considérer « l’amour » comme une notion dépassée et romantique, mais j’ai bien peur qu’il existe et qu’il comporte dès l’origine une composante indiciblement douloureuse. Un homme ressent de l’attirance pour une femme, une femme pour un homme, et à chaque pas qu’ils effectuent pour se rapprocher, ils perdent l’un et l’autre quelque chose d’eux-mêmes ; une série de défaites, là où s’attendait des victoires. »

« Les paroles et les actions naissent des sentiments et des pensées. Comment les individus pourraient-ils encore les garder pour eux? Chaque camarade-soldat n’est-il pas la propriété de l’État? Dès lors, à qui d’autre que l’État ses sentiments et ses pensées pourraient-ils appartenir? Il n’était jusqu’à présent pas possible de les contrôler, mais nous aurons désormais le moyen d’y parvenir. »

Conclusion

Une lecture très intéressante dans laquelle on découvre une société totalitaire poussée à l’extrême. L’auteure nous décrit en détail ce système au travers des yeux d’un camarade-soldat scientifique qui vient de créer une drogue, sérum de vérité absolu. Le récit soulève des questionnements importants et fait réfléchir sur des points qui sont en train d’évoluer dans notre société, tel que par exemple les méthodes de surveillance de l’individu de plus en plus omniprésentes. Entre sécurité et paranoïa, il ne reste qu’un pas à franchir. Une lecture assez courte, mais qui nourrit des réflexions passionnantes.

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#FungiLumini

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Une réflexion sur “Kallocaïne

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