Le Bureau des Jardins et des Etangs

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Titre : Le Bureau des Jardins et des Etangs
Auteur : Didier Decoin
Editeur : Stock
Genre : roman historique
Nombre de pages : 396
Mots-clés : Japon, époque Heian, histoire, littérature, romance, deuil

Quatrième de couverture

Empire du Japon, époque Heian, XIIe siècle. Être le meilleur pêcheur de carpes, fournisseur des étangs sacrés de la cité impériale, n’empêche pas Katsuro de se noyer. C’est alors à sa jeune veuve, Miyuki, de le remplacer pour porter jusqu’à la capitale les carpes arrachées aux remous de la rivière Kusagawa. Chaussée de sandales de paille, courbée sous la palanche à laquelle sont suspendus ses viviers à poissons, riche seulement de quelques poignées de riz, Miyuki entreprend un périple de plusieurs centaines de kilomètres à travers forêts et montagnes, passant de temple en maison de rendez-vous, affrontant les orages et les séismes, les attaques de brigands et les trahisons de ses compagnons de route, la cruauté des maquerelles et la fureur des kappa, monstres aquatiques qui jaillissent de l’eau pour dévorer les entrailles des voyageurs. Mais la mémoire des heures éblouissantes vécues avec l’homme qu’elle a tant aimé, et dont elle est certaine qu’il chemine à ses côtés, donnera à Miyuki le pouvoir de surmonter les tribulations les plus insolites, et de rendre tout son prestige au vieux maître du Bureau des Jardins et des Étangs.

Mon avis

Le Bureau des Jardins et des Etangs m’a principalement attiré par sa quatrième de couverture. Une histoire qui se déroule durant l’époque Heian (12e siècle) est plutôt rare, et encore plus de la part d’un écrivain français ! J’ai donc été intriguée par ce roman et par les quelques critiques que j’ai entendues à son propos.

C’est donc dans un lointain passé et dans un pays bien reculé de notre vieille Europe, que Miyuki vient de perdre brutalement son mari, l’homme de sa vie, Katsuro. Pêcheur de carpes attitré pour les étangs de la cité impériale, Heiankyô, il entreprenait chaque année un voyage vers la capitale pour remettre aux nobles ses plus belles prises. Miyuki se voit donc obligée de suivre les traces de son mari pour honorer le contrat qui existe entre son petit village de province et le Bureau des Jardins et des Etangs. Sur le long chemin qui la sépare de sa destination, elle vivra diverses situations, généralement plutôt désagréables. Cependant, rien ne pourra l’empêcher de mener à bien sa tâche et de découvrir une part de la vie de son mari qu’elle ignorait jusqu’alors.

Si ce roman est loin du genre de la romance, l’histoire d’amour entre Miyuki et son mari tient une place centrale dans le récit. Le voyage qu’elle entreprend équivaut également à son deuil et lui donne l’occasion de repenser à toute sa vie avec Katsuro. A la manière des auteurs japonais, on découvre une vie amoureuse plutôt simple où l’importance de la relation se situe dans la quotidienneté plutôt que dans les effusions de sentiments et d’attentions. On y trouve également un côté érotique qui évoque d’autant plus le lien profond qui unissait ces deux êtres.

Miyuki est donc très touchante à voir son mari dans tous les petits détails de son voyage. Elle se révèle un personnage pleine de naïveté et de pureté. Elle ne voit le mal nul part, est prête à aider son prochain, se montre respectueuse de tout à chacun et finalement ne tient qu’à honorer l’âme de son tendre époux. J’ai beaucoup aimé ce personnage et son chemin initiatique.

Mais ce qui m’a le plus marquer durant toute ma lecture est de très loin le style de Didier Decoin. L’auteur a mis pas moins de 12 ans pour écrire ce roman… et ça se sent ! La quantité d’informations au sujet de l’époque Heian est vraiment incroyable ! L’écrivain a étudié son sujet, sa période et sa littérature pour pouvoir nous offrir son histoire. On trouve d’ailleurs à la fin une bibliographie des ouvrages qui lui ont permis de se documenter. Plus que le simple périple de Miyuki, on voyage – nous lecteur – au coeur du Japon et de sa culture. Les nombreuses et détaillées descriptions nous immergent dans cet univers unique et étranger. On a l’impression de se trouver réellement dans la forêt, de sentir la pluie sur notre peau, de percevoir les différentes odeurs et être ébloui devant la beauté de la capitale. Didier Decoin nous dépeint avec un grand réalisme les diverses saynètes de la vie quotidienne des pêcheurs, des paysans et puis des divers personnages que l’on rencontre au fur et à mesure. De ces descriptions ressort une impression de vision d’estampes japonaises, à la manière des Cents vues d’Edo de Hiroshige, qui a d’ailleurs accompagné l’auteur tout au long de la rédaction de son roman. J’ai donc été particulièrement séduite par la plume de l’auteur qui a su me faire voyager et déployer mon imagination.

J’ai pourtant été gênée par un aspect. J’ai eu l’impression que l’auteur avait fait une liste de ce qu’il voulait mettre dans son roman. Un peu comme :

  • Parler de la vie paysanne – Check
  • Rendre le sexe à la manière japonaise – Check
  • Parler du bouddhisme – Check
  • Parler des conflits historiques de la période – Check
  • etc.

La fin m’a d’ailleurs paru comme étant le check de trop et ne m’a donc de ce fait pas trop plue… J’ai également été un peu perturbée par l’importance de la sexualité et du rapport à l’odeur. Il y avait un aspect sans doute un peu trop pervers pour moi, même si c’était extrêmement bien rendu. Tout cela a eu un impact sur les émotions qui m’ont traversée tout au long de ma lecture. Je n’en ai vécu aucune. Je me suis plutôt sentie comme une étrangère et une simple observatrice de cette histoire ; un sentiment qui ne fera pas de ce roman un coup de coeur.

Citations

« Depuis la mort de Katsuro, la jeune femme vivait dans un brouillard qui assourdissait les sons, détrempait les couleurs. Mais elle pressentait que cette opacité se dissiperait dès qu’elle prendrait la route, et qu’elle verrait alors le monde tel qu’il est en réalité, avec ses aspects positifs et ses pentes néfastes. Puis, lorsqu’elle aurait livré ses poissons, lorsqu’ils glisseraient dans les bassins des temples, sa vie s’empâterait de nouveau, l’obscurité la reprendrait. »

« Les volutes grises du brouillard matinal s’accrochaient aux ronces et aux arbustes dont les rameaux piquetés de fleurs d’un blanc cireux évoquaient des parterres de petites bougies votives. »

Conclusion

Le Bureau des Jardins et des Etangs est un grand roman, surtout pour son écriture magnifique ! L’auteur arrive à nous faire voyager dans le Japon de l’époque Heian et de nous peindre de belles estampes des situations quotidiennes. Sa documentation est juste et impressionnante. Ce voyage se déroule aussi au coeur de l’amour et du deuil auquel l’héroïne doit faire face avec la mort de son mari. J’ai malheureusement eu quelques petites gênes au niveau des différentes thématiques abordées, de la présence importante de la sexualité et du manque d’émotions ressenties.

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2 réflexions sur “Le Bureau des Jardins et des Etangs

  1. J’ai aussi été marqué par le style de l’auteur que je découvrais avec ce roman ! Quant à l’importance de la sexualité et des sens, ça m’a paru très japonais dans l’idée et dans la façon de faire, un roman très surprenant et réussi pour moi !

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: #62 C’est lundi! Que lisez-vous? | Livraisons Littéraires

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