Fils de l’eau

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Titre : Fils de l’eau
Auteur : Gu Byeong-mo
Editeur : Philippe Picquier
Genre : roman contemporain
Nombre de pages : 185
Mots-clés : eau, fantastique, poisson, vie quotidienne

Quatrième de couverture

Pour échapper à la noyade, un enfant développe des branchies qui vont lui permettre de respirer, de survivre dans le monde des hommes et de nager dans la solitude de l’eau et le bonheur d’être libre au milieu des poissons. Cet épisode sera pour lui comme une seconde naissance car il ne se souvient de rien de ce qui s’est passé avant. Recueilli par un vieil homme et son petit-fils, il mène avec eux une vie fruste et innocente au bord du lac où ils vivent, forcé de cacher sa singularité aux yeux des autres.

Profondément ancré dans la réalité de la Corée d’aujourd’hui, ce roman distille un charme secret. Imprégné de l’odeur de l’eau et des algues, de la violence de la pluie, il conte l’histoire d’un être à part, dont la différence est à la fois un malheur et une grâce, avant de devenir le moyen de sauver les autres.

Mon avis

Depuis que je suis au Japon et que je me suis fait des amis coréens, je m’intéresse de plus en plus à ce pays. Je ne pouvais donc passer à côté de leur littérature ! Cependant,  je ne savais pas trop quoi choisir comme premier livre. Du coup, à la librairie, je me suis laissée aller pour un ouvrage dont la couverture me plaisait 🙂 C’est ainsi que Fils de l’eau est entré dans ma PAL !

Ce court roman raconte l’histoire de Gon, un homme qui a une particularité singulière : en échappant à la noyade étant enfant, il a développé des branchies ! Celles-ci lui permettent ainsi de respirer sous l’eau, tel un véritable poisson. Dû à son corps également constitué d’écailles, il est plus ou moins forcé de vivre à l’écart de la société afin de ne pas être pris pour une bête de cirque. C’est à travers le prisme d’une femme qu’il a sauvée de la mort, que l’on découvre la vie de cet être fantastique.

Quand j’ai acheté ce livre, je m’attendais à découvrir une histoire plutôt magique, belle, pleine de rêverie. Non pas que j’ai été déçue, mais ce ne fut absolument pas le cas :p Certes, le héros possède des branchies, ce qui n’est pas naturel. Mais plus qu’un élément fantastique, il s’agit davantage d’une métaphore représentant toutes personnes étant ou se sentant différentes et exclues de la société et de ses canons. L’ambiance générale est donc plus difficile qu’attendue.

La question du suicide est ainsi au coeur de la première partie du récit. C’est suite à cet acte que notre narratrice est sauvée et que Gon a développé son aptitude. Par chance, celui-ci est retrouvé et pris en charge par un vieil homme et son petit-fils. De peur qu’il soit traité comme un animal de laboratoire, ils décident de le cacher chez eux plutôt que de le livrer à la police. Reclus dans la campagne, loin des regards, Gon grandit sous les maltraitances de son nouveau grand-frère, Kangha. La vie de Gon n’est donc pas facile, mais il se satisfait de celle-ci, remerciant chaque jour ses sauveurs et se faisant le plus discret possible pour ne pas les gêner.

Fils de l’eau ressemble davantage à un conte, tels Le Petit Prince, mais raconté de manière beaucoup plus moderne. A travers les différents personnages qui orbitent autour de Gon, l’auteur nous offre une critique de la société, toute en douceur. Kangha et Haeryu, la narratrice, incarnent chacun à leur manière un visage de cette société si difficile avec ceux qui sont différents. Le jeune homme est le digne représentant de ceux qui se montrent extrêmes face à la différence : il porte un intérêt quelque peu malsain à Gon ; il se montre violent sans réelle raison ; il est possessif envers cet être si singulier ; il a également pitié de lui ; son aspect le dégoûte ; et sans réellement vouloir se l’avouer, il semble jaloux de la liberté dont jouit Gon grâce à sa différence. Pourtant, à plusieurs reprises, son côté humain resurgit car il ne peut s’empêcher de tout de même aider son ami. Haeryu, pour sa part, incarne cette personne de la société qui a été déçue par une expérience et qui commence à se poser des questions et à être plus ouverte aux différences. Découvrir l’histoire via son prisme permet ainsi de découvrir l’histoire de Gon sans préjugés, sans a priori ou trop d’émotions personnelles.

Tout cela donne l’impression que le récit est plutôt froid, triste, voire même violent. Pourtant, il n’en est rien et c’est ce qui m’a le plus agréablement surprise. Tout au long du livre, je n’ai ressenti que de la chaleur, de la poésie, du calme et de la pureté. Le style de l’auteur est simple, il met les mots justes et doux sur la vie de Gon, il n’ajoute aucun fioriture aux descriptions ou à la narration. De plus, avec le champ lexical de l’eau qui occupe tout le roman, on a cette image perpétuelle de bleu profond, calme, berçant, éblouissant et qui s’écoule lentement… Enfin, outre tous les aspects difficiles abordés dans Fils de l’eau, il est important de noter que la valeur de la famille est au cœur de tout le récit, offrant une certaine chaleur sans comparaison possible.

Du début à la fin, j’ai donc été séduite par ce récit plus classique qu’il n’y paraissait. Fils de l’eau est un réel bijou littéraire venu du pays du matin calme. Je suis bien décidée à découvrir d’autres œuvres de cet auteur et plus largement des écrivains coréens.

Citations

« Leur chute résonna d’autant plus fort que la nuit était enveloppée d’un lourd silence. Le fracas du choc, d’abord amorti par les arbres et les rochers, se répandit en échos aux douces vibrations avant de se répercuter en mille morceaux dans les airs. »

« Tu te rends compte, maman, j’ai vu un homme-sirène ! Ce doit être un prince qui vit dans un palais au fond de la mer. S’il a deux jambes comme nous, c’est qu’il a avalé la potion magique d’une sorcière. Pour quel amour ce prince-sirène a-t-il voulu avoir des jambes ? Est-ce qu’un jour il se transformera en écume, avant de s’évaporer au soleil du matin ? »

(…) « il ne suffit pas d’avoir le nez et les poumons solides pour pouvoir respirer quand on est enfermé comme un ver à soie dans son cocon de fils ; nous avons tous besoin d’être entourés de ces êtres qui sont pour nous aussi indispensables que les branchies aux poissons » (…) (Un mot de l’auteur)

Conclusion

Fils de l’eau est un court roman se présentant comme un conte moderne qui critique la société et rappelle ses valeurs importantes. Dans ce récit, nous suivons notre héros qui a miraculeusement développé des branchies et qui est perçu comme une tare dans la société si carrée, rejetant tout ce qui est différent. C’est à travers le prisme d’une femme qu’il a sauvée que nous découvrons son histoire si singulière et pourtant si classique. Fils de l’eau est également très poétique et chaleureux malgré tous les durs thèmes abordés au fil des pages.

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#Yuixem

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3 réflexions sur “Fils de l’eau

  1. Contente de voir que toi aussi tu as apprécié ce roman ou plutôt, ce petit bijou 🙂
    Si j’ai bien perçu toute la poésie du livre, je n’ai pas forcément ressenti ce côté chaleureux que tu évoques. Peut-être lors d’une relecture ?
    Je serais curieuse de savoir ce qu’en a pensé ton ami coréen…

    J'aime

  2. Pingback: #47 C’est lundi! Que lisez-vous? | Livraisons Littéraires

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