Dark Museum – American Gothic

ob_d0e875_darkmuseumt1-2Titre : Dark Museum – American Gothic

Scénario : Gihef et Alcante

Dessins et couleurs : Stéphane Perger

Éditeur : Delcourt

Genre(s) : BD horreur

Nombre de pages : 56

Mots-clés : art, crise, famille, famine, fête foraine, grande dépression.

Pour entrer au Dark Museum, une toile doit provoquer chez son observateur une impression morbide que seule une origine mystérieuse semble pouvoir expliquer. L’austère American Gothic de Wood y tient une place de choix…

1930, Iowa. Les effets de la crise sont terribles dans cette partie de l’Amérique. Avec la misère, l’égoïsme prévaut. L’installation d’un cirque en pleine sécheresse finit d’échauffer les esprits. Alors que Lazarus Henkel désespère de pouvoir nourrir sa famille, un accident de voiture se produit près de sa ferme. L’odeur du corps du conducteur en train de brûler lui inspire une macabre solution…

Le tableau

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Artiste : Grant Wood (Américain, 1891-1942)

American Gothic, 1930.
Huile sur isorel mou.
78 x 65.3 cm (30 3/4 x 25 3/4 in.)
Conservé à l’Institut d’Art de Chicago.

En 1930, Grant Wood remarque la maison Dibble, une petite maison blanche construite dans le style architectural gothique. Wood décide de peindre la maison « parce que le genre de personnes qu’il imaginait devrait vivre dans cette maison ».

Il recrute sa sœur Nan comme modèle de la femme, habillée dans un tablier imprimé colonial imitant le style populaire américain du XIXe siècle. L’homme est inspiré du dentiste de Wood, Dr Byron McKeeby. La fourche à foin à trois dents est reprise dans les coutures des salopettes de l’homme, la fenêtre gothique de la maison et la structure du visage de l’homme et sur la chemise blanche. Chaque élément a été peint indépendamment ; les modèles ont posé séparément, jamais devant la maison.
La femme est vêtue d’un tablier imprimé colonial imitant le style traditionnel américain du XIXe siècle et le couple est dans les rôles traditionnels des hommes et des femmes, la fourche représentant le dur labeur et les fleurs au-dessus de l’épaule droite de la femme suggérant la vie domestique.

C’est une des images les plus connues de l’art américain, et elle est souvent parodiée dans la culture populaire américaine.

Mon avis

J’ai totalement flashé sur la couverture de cette bande dessinée. J’adore son côté sombre, un peu malsain et le cadre noir qui l’entoure : une esthétique très soignée que j’ai beaucoup appréciée ! Le concept de cette série m’intéressait énormément aussi : la création d’une histoire fictive à partir d’un tableau célèbre. Ce tome s’inspire du fameux American Gothic de Grant Wood, qu’on voit très souvent parodié sur internet.

On se retrouve aux États-Unis à la période de la Grande Dépression. La crise traverse le pays, les gens meurent de faim et de maladie, des sacrifices sont nécessaires pour survivre. Lazarus Henkel et sa fille se trouvent sur un marché et vendent leur tracteur pour quelques dollars lorsqu’ils sont pris en photo par un artiste amateur. Ils rentrent chez eux, où les attendent la mère et le fils malade de Lazarus. La tension monte dans leur village lorsque le maire leur annonce que la communauté va accueillir une troupe de forains, alors que les réserves d’eau et de nourriture sont à un niveau critique. C’est dans cette ambiance de pauvreté et de discorde que Lazarus va devoir trouver une solution pour la survie de sa famille sur le point d’être emportée par cette crise qui n’en finit pas.

Au niveau de l’histoire, j’ai trouvé que le scénario exploité par les auteurs était absolument génial ! On commence tranquillement l’histoire au marché, puis on voit la petite ville où les tensions sont nombreuses et on sent que le moindre éclat pourrait briser le fragile équilibre qui tient encore la communauté ensemble. On entre ensuite dans la sphère privée de la famille Henkel et leur désespoir nous prend aux tripes. On voit cet enfant malade qui se meurt, le père et la sœur impuissants, qui trouvent une solution, mais à quel prix? On ne peut s’empêcher de se poser la question : jusqu’à quelles extrémités serait-on prêt à aller pour sauver les gens à qui on tient? La fin est une véritable débauche de violence et d’horreur. Les plus bas instincts gagnent la population et les submergent : le récit monte en intensité petit à petit pour arriver au point final de non-retour. Le récit raconté est fictif, mais on ne peut s’empêcher d’imaginer qu’en temps de crise, les événements décrits ont très probablement eu lieu. Une histoire qui donne des frissons dans le dos !

Si l’histoire est vraiment bien, il en va de même pour les illustrations ! J’ai vraiment beaucoup aimé le style graphique de l’illustrateur, mais ce que j’ai vraiment adoré, c’est sa maîtrise de la palette de couleurs! La colorisation ressemble à de l’aquarelle, avec des ambiances particulières pour les différents moments de l’histoire. Par exemple, la photo ci-dessous représente une ambiance de nuit, avec un mélange de tons noirs et jaunes, qui donne un résultat impressionnant et original. Il y a aussi un gros travail sur l’arrangement des cases sur les planches. Ici on peut voir que certaines cases n’ont pas de bord et donnent une impression de profondeur dans le décor, mais on observe aussi des structures plus inédites comme la forme d’arche gothique au milieu de la deuxième planche qui rappelle celle de la maison sur le tableau original.

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Le seul petit regret que j’ai, c’est qu’il n’y ait pas une page pour nous expliquer le tableau et son parcours. Les événements racontés dans cette bande dessinée sont tous fictifs et connaître un peu la véritable histoire derrière la création de ce tableau (sans devoir aller voir sur Wikipedia :p ) m’aurait intéressée.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cette bande dessinée ! Attention toutefois qu’elle est très sanglante et certaines scènes peuvent choquer les âmes sensibles, donc elle n’est pas à mettre entre toutes les mains. 😉 J’ai vraiment hâte de voir ce que la suite va nous réserver ! Mon libraire m’a dit que le prochain tome concernera sûrement Le Cri d’Edward Munch, un tableau assez sombre et angoissant de base. Ça promet encore un récit palpitant et dérangeant !

Citations

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Conclusion

J’ai adoré cette bande dessinée : le concept est génial, le scénario donne un aperçu de la Grande Dépression américaine et des atrocités nécessaires en temps de crise, les émotions qui nous traversent sont variées, allant de la tristesse, au désespoir, voire au dégoût et à l’horreur, mais surtout les illustrations et leur colorisation sont absolument grandioses ! Attention, âmes sensibles s’abstenir. Je recommande à 100% !

coup de coeurpublic averti horreur

#FungiLumini

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6 réflexions sur “Dark Museum – American Gothic

  1. Je n’aime en général pas trop les histoires sanglantes mais cette critique littéraire me donne vraiment envie de lire cette BD.
    Et j’adore l’idée d’écrire une histoire au départ d’une peinture connue.
    En tout cas, critique superbement écrite.

    Aimé par 1 personne

    • Merci 🙂 Tu pourras la feuilleter dans le train pour la foire du livre, un des auteurs sera là le vendredi et s’il n’y a pas trop de monde, j’irais lui faire dédicacer 😉

      J'aime

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