Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

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Titre : Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur
Auteur : Harper Lee
Editeur : Le Livre de Poche
Genre : roman historique
Nombre de pages : 434
Année de publication : 1960
Prix littéraire : Prix Pulitzer
Mots-clés : procès, viol, enfance, Etats-Unis, ségrégation

Quatrième de couverture

Dans une petite ville d’Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Celui-ci risque la peine de mort.

Mon avis

Il était temps que je lise Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, un grand classique de la littérature américaine du 20ème siècle ! Je m’y suis lancée après avoir regardé le documentaire 13th disponible sur Netflix et que je vous conseille grandement ! Au terme de cette lecture, je dois avouer qu’elle fut fort différente de ce à quoi je m’attendais. Après avoir longuement lu et entendu d’avis à son propos, j’avais en effet de hautes appréhensions vis-à-vis de son récit et surtout de la partie concernant le fameux procès durant lequel un certain Atticus allait défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche.

J’aimerais tout d’abord apporter une rectification à tous ces résumés et quatrièmes de couverture : le procès est, certes, le coeur de l’histoire, mais ne représente qu’une toute petite partie de tout ce que le livre a à offrir au niveau de son scénario.  Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur raconte principalement la vie d’une famille dans la ville fictive de Maycomb, située en Alabama. Alors qu’on s’attend à suivre le récit du point de vue du père, Atticus, que nenni ! C’est via le prisme de la petite fille Scout  que l’on va découvrir les moeurs des habitants du Sud des Etats-Unis au début des années 1930. Le roman, divisé en deux parties, s’attache en premier lieu à nous faire pénétrer dans cette ville et à en comprendre son mode de vie, puis, en second lieu, à nous faire vivre le procès et les conséquences de celui-ci.

Dans la première partie, Scout et son frère Jem sont obnubilés par leur étrange voisin Boo Radley qui ne sort jamais de chez lui. Avec leur ami Dill qui passe tous ses étés à Maycomb, ils vont imaginer mille histoires et tenter de percer le secret de cet étrange personnage. Plusieurs épisodes nous dévoileront également la manière de vivre de l’époque avec par exemple des histoires d’incendies, de chiens enragés, d’école, de festivals, etc. Mais via cette lecture, on découvre surtout l’éducation qu’Atticus donne à ses enfants, très différentes de celle des autres. En effet, il ne donne aucune limite à leur curiosité, mais les remet tout de même sur le droit chemin lorsqu’ils font fausse route ou se montrent vilains. Il leur offre également beaucoup de nourriture intellectuelle et philosophique en leur permettant de lire journaux et livres – chose rare pour l’époque – et en ne manquant jamais l’occasion de discuter avec eux sur plusieurs sujets. Atticus voit davantage Scout et Jem comme de futurs adultes que comme des enfants à qui il faut cacher la vérité, parfois brutale, de la réalité. Par exemple, il ne se sentira aucunement gêné d’expliquer le terme « viol » à sa fille de moins de dix ans. On tombe directement sous le charme de ce père si avenant envers sa famille et qui possède des valeurs proches de celles pour lesquelles nous nous battons aujourd’hui : le respect, la liberté, l’égalité, la justice, …

Ces valeurs sont mises en exergue principalement dans la seconde partie qui s’attache au procès de Tom Robinson, un Noir accusé à tort d’avoir violé Mayella Ewell, une Blanche. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit du passage le plus intéressant du livre et j’ai regretté qu’il soit si court. J’ai été profondément marqué par le plaidoyer d’Atticus, l’intérêt et les diverses émotions de Jem, Scout et Dill pour le sort de Tom et bien évidemment le dénouement de cette histoire. Si la première partie parait fort longue en comparaison, elle vaut la peine d’être lue pour arriver à ce type d’apogée littéraire ! Ce qui suit le procès semble aussi à première vue futile, mais cela amènera un point final parfait qui prouvera que ce livre ne se limite pas simplement à dénoncer la ségrégation raciale, mais tout type de ségrégation !

Même si je pense que beaucoup auraient aimé adopter le point de vue d’Atticus, j’ai personnellement aimé le choix de l’auteure. En effet, via Scout, on découvre de manière plus naïve la place qu’occupent chaque personne (Noirs, femmes, hommes, enfants, catholiques, protestants, paysans, …) dans la communauté et leur manière de penser. Car les enfants boivent et répètent tout ce qu’ils entendent sans parfois y réfléchir. Lire ce roman à la première personne, c’est-à-dire avec le vocabulaire d’une petite fille, permet également une lecture fluide et simple tout en abordant des points sensibles. J’ai tout de même été gênée par moments lors de certaines affirmations racistes en « je », car je ne m’y retrouvais absolument pas. Outre ce choix narratif, j’ai également apprécié le style d’Harper Lee, principalement lors du fameux procès et d’une autre scène riche en tension. Le plaidoyer d’Atticus est magnifiquement écrit et mériterait d’être entièrement cité ! Et la scène en question m’a fait retenir mon souffle tout le long, m’obligeant à tourner les pages toujours plus vite pour arriver à son terme.

En affichant ouvertement sa position face à la ségrégation raciale et la place de la femme dans la société, Harper Lee s’est placée comme l’une des grandes figures de la littérature américaine au 20ème siècle. Pourtant, si j’ai beaucoup aimé Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, je ne l’ai pas trouvé aussi marquant que je ne m’y attendais. Je retiendrai davantage le roman Crime ou encore le film Le Droit de tuer ?, adaptation du roman Non coupable de John Grisham (que je dois absolument lire !).

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur a également été adapté au cinéma en 1962 sous le titre Du silence et des ombres. Il me tarde de le visionner ! A savoir qu’il existe également une suite à ce roman, écrite par la main même d’Harper Lee, et intitulée Va et poste une sentinelle. Mais ayant entendu plus de mal que de bien de ce livre rédigé avant Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, j’hésite à me lancer dans cette lecture… Je pense d’abord laisser le temps à ce roman-ci pour creuser sa place dans ma mémoire et mon cœur, avant d’acheter ce second livre !

Citations

« Avant de vivre en paix avec les autres, je dois vivre en paix avec moi-même. La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l’individu. »

« Jusqu’au jour où je craignis que cela me fut enlevé, je ne m’étais jamais rendu compte que j’aimais lire. Pense-t-on que l’on aime respirer ? »

« Je voulais que tu comprennes quelque chose, que tu voies ce qu’est le vrai courage, au lieu de t’imaginer que c’est un homme avec un fusil à la main. Le courage, c’est de savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter. Tu gagnes rarement mais cela peut arriver. »

Conclusion

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est indéniablement un grand classique de la littérature et un livre que l’on devrait tous lire une fois dans sa vie ! Le récit permet de s’imprégner des mœurs et des manières de penser des Sudistes au début des années 30, mais aussi de dénoncer la ségrégation raciale, sujet qui demeure encore et toujours d’actualité. La narration qui aborde le point de vue d’une petite fille permet une lecture et une immersion très fluide et agréable. Elle nous offre également l’opportunité d’adopter un regard critique face à tout ce qui nous est donné d’observer. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est ainsi un roman qui a marqué sa génération et continue de laisser une trace importante dans le cœur de nombreux lecteurs.

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4 réflexions sur “Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

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