Livres et Gourmandises : Une femme nommée Shizu (1/10)

Un nouvelle une gourmandise (1)

Recueil : Une femme nommée Shizu

Auteur : Shûsaku Endô

Editeur : Denoël

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Nouvelle : Les Derniers martyrs 


Gourmandise de la semaine

Pour commencer ce nouveau rendez-vous, j’ai choisi de vous présenter une gourmandise japonaise ayant un petit lien avec la première nouvelle du recueil de Shûsaku Endô. Il s’agit de castella (カステラ), un gâteau qui a été importé du Portugal lorsque les missionnaires catholiques sont arrivé sur l’archipel. Le lien entre cette pâtisserie et le texte se trouve bien évidemment dans cette fameuse origine.

16402175_10155032939088750_629913885_n.jpgArrivé au Japon au 16e siècle, le castella est préparé à base de sucre, de farine, d’oeuf et de sucre de malt. Il a été ajusté au fil des ans au goût des Japonais et est devenu depuis l’une des grandes spécialités de Nagasaki (ouest du Japon). On en trouve aujourd’hui de toutes les formes et de tous les goûts. J’ai personnellement choisi le castella traditionnel, mais il en existe au matcha (thé vert japonais) ou au chocolat. Ils sont également vendus dans des étals lors de matsuri, festivals, sous une forme ronde qui se mange en une seule bouchée. Ces baby castella, tel qu’ils sont appelés, prennent parfois la forme de petits personnages tels que Pikachu ou encore Hello Kitty.

Il s’agit d’une gourmandise que j’adore car elle a un goût qui me rappelle l’Europe bien que je n’en aie jamais mangé par chez nous. Pour accompagner ce gâteau et ma lecture, je me suis également fait un thé chinois aux amandes 😀

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Avant de vous parler des Derniers martyrs, la première nouvelle du recueil Une femme nommée Shizu, j’aimerais vous présenter son auteur, Shûsaku Endô (周作 遠藤).

L’auteur est né en 1923 à Tokyo et y est mort à l’âge de 73 ans. Il est principalement connu au Japon et en France pour ses écrits traitant de sa foi catholique. En effet, baptisé à l’âge de 11 ans suite à la conversion de sa mère, Shûsaku Endô reçoit une éducation catholique et se passionne pour sa littérature pendant ses études universitaires. Son premier roman, L’Homme blanc, publié en 1955, remporte immédiatement un franc succès et gagne le prix Akutagawa au Japon. Tout au long de sa vie, il écrit des romans et des nouvelles en donnant une voix aux catholiques japonais, longtemps exclus et lynchés dans ce pays aux valeurs shintoïstes et bouddhistes. La plupart de ses écrits sont adaptés au cinéma, et ce même parfois à plusieurs reprises. D’ailleurs, son livre Silence, qui raconte l’arrivée des missionnaires portugais au Japon, a été réadapté sur grand écran et sort dans les salles en Belgique/France au début du mois de février ! N’hésitez pas à aller le voir.

Le recueil de nouvelles Une femme nommée Shizu rassemble dix nouvelles écrites entre 1959 et 1985. Elles aborderont principalement la question de Dieu, du péché, de la foi, mais aussi de la souffrance physique et morale due aux maltraitances qu’ont connu les croyants japonais. La première nouvelle du recueil s’intitule Les derniers martyrs et traite de tous ces thèmes.

Le décor est directement posé avec la première phrase : « Près de Nagasaki, dans la région d’Uragami, se trouve le village de Nakano ». On se doute ainsi rapidement qu’il s’agira d’une histoire en lien avec le christianisme, car la ville de Nagasaki est l’endroit où sont arrivés les premiers missionnaires et où le Japon maintenait un lien avec le reste du monde. On fait ensuite la connaissance de nos trois personnages principaux : Kisuke, un garçon aussi peureux que son physique est imposant, Kanzaburô et Zennosuke, ses deux grands amis qui aimeraient faire de lui un croyant fervent et courageux. Car en effet Kisuke, craintif et lâche, n’hésite pas à s’enfuir face à ce qui le terrifie et pourrait être amené à trahir sa foi si l’occasion devait se présenter. Et celle-ci survient le 15 juillet 1867 en pleine nuit lorsque le village est envahi par les forces de l’ordre et qu’une centaine de personnes sont enfermées à cause de leur croyance. Pour les forcer à « se coucher », autrement dits à renier leur foi catholique, les gendarmes affublent de coups et torturent les prisonniers. Parmi les gens qui renient le Christ et ceux qui subissent ces souffrances, évoluent nos trois personnages qui se questionnent sur le silence de Dieu, sur leur foi, sur la nécessité de subir de telles tortures et sur les conséquences de leurs actes.

Cette nouvelle de seulement 25 pages est riche non seulement en informations sur la vie que menaient les catholiques japonais, mais aussi et surtout en émotions. Shûsaku Endô nous fait d’abord pénétrer dans le petit village de Nakano et nous présente les moeurs de la communauté chrétienne. Il nous livre ensuite sous la forme d’une anecdote la véritable nature de ce grand gaillard peureux et amène ainsi le lecteur à réfléchir, tout comme ses deux amis, à son devenir face à la souffrance et au jugement qu’il devra subir lorsqu’il « se couchera ». Par la suite, on découvre avec horreur le sort de Kisuke, Kanzaburô, Zennosuke et de tous les autres croyants qui sont torturés de plus en plus au fur et à mesure que le temps passe. Etant très sensible face à de telles scènes, j’ai été profondément marquée par cette nouvelle qui m’a prise à la gorge et aux tripes. On ressent la douleur, la solitude, la peur, le désespoir, l’incompréhension, les remords, … et puis cette lueur d’espoir qui malgré tout continue de brûler doucement dans les ténèbres. Avec un style très épuré et intime, l’auteur nous fait vivre intensément l’existence de ces derniers martyrs, nous rappelant qu’il y a eu tant d’histoires semblables par le passé et que malgré tout la foi a perduré dans le cœur de ces Japonais. Car en effet, comme nous l’apprenons au fil des pages, les chrétiens nippons furent persécutés pendant plusieurs siècles, forçant la plupart d’entre eux à pratiquer leur foi clandestinement. La question de loyauté à Dieu et son Fils était ainsi d’autant plus forte que les adeptes de la religion jouaient en permanence leurs vies.

Les derniers martyrs m’est apparu telle une parabole évangélique, proposant de manière insidieuse un enseignement. Parmi les nombreuses questions que soulève sa lecture, on en retiendra principalement deux : « Se coucher » est-ce renier sa foi et trahir Dieu ? Pourquoi subir toutes ces souffrances ? L’auteur apportera ses propres réponses, inspiré on s’en doute bien des enseignements de la Bible. Je les ai personnellement beaucoup appréciées et me suis sentie sur la même longueur d’onde que l’écrivain.

La première nouvelle de ce recueil m’a en conclusion fort plu tout autant pour son récit, son écriture et sa philosophie. J’y ai appris également plus sur le catholicisme au Japon, pays où les églises n’existent principalement que pour les cérémonies de mariage à l’Occidentale.

Par contre, j’aurais quelques réclamations vis-à-vis de l’édition du livre. J’aurais en effet aimé avoir une préface explicative concernant l’auteur (sa vie, son oeuvre) et les nouvelles exposées dans ce recueil, tout comme c’était le cas dans Râshomon et autres contes publié chez Folio. En effet, pour des auteurs ayant marqué profondément la littérature de leur pays et mondiale, je trouve important de les présenter aux lecteurs pour leur donner envie de s’intéresser sérieusement au contenu du livre et plus généralement à l’oeuvre de l’écrivain en question. J’aurais également voulu savoir en quelle année a été écrite chaque nouvelle afin de pouvoir les situer parmi les autres romans de Shûsaku Endô.

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Avec cette première nouvelle du recueil Une femme nommée Shizu de Shûsaku Endô commence le nouveau rendez-vous de la semaine sur le blog ! Tant que je suis au Japon, j’en profite à fond pour vous faire et découvrir des auteurs japonais, et des gourmandises particulières de ce pays !

Nouvelle 1 : Les derniers martyrs
Nouvelle 2 : Les ombres
Nouvelle 3 : Un homme de cinquante ans
Nouvelle 4 : Adieu (à venir)
Nouvelle 5 : Le retour (à venir)
Nouvelle 6 : La vie (à venir)
Nouvelle 7 : Un homme de soixante ans (à venir)
Nouvelle 8 : Le dernier souper (à venir)
Nouvelle 9 : La boîte (à venir)
Nouvelle 10 : Une femme nommée Shizu (à venir)

Ne manquez pas mercredi prochain mon avis sur la deuxième nouvelle, intitulée Les ombres !

#Yuixem

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6 réflexions sur “Livres et Gourmandises : Une femme nommée Shizu (1/10)

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