Perspectives du vide

14991862_1158377127543059_7695128436277229932_nTitre : Perspectives du vide

Auteure : Hilda Alonso

Recueil autopublié

Genre(s) : recueil de nouvelles

Nombre de pages : 140

Mots-clés : nouvelles, vide, réalité, difficulté, existence.

Quelle perspective magnifique que celle des abysses mis à nu !

Perspectives du vide est le premier recueil de nouvelles d’Hilda Alonso. Il contient treize courts récits de divers genres : réaliste, fantastique et science-fiction.

Mon avis

Après avoir enchaîné les coups de cœur avec Ce dont rêvent les ombres et Le Cabinet de Curiosités, je me suis laissée tenter par ce recueil de nouvelles d’Hilda Alonso. Ce livre est paru en auto-édition, un choix que je ne comprenais pas au départ, mais que l’auteure explique ici. Le recueil comprend 13 nouvelles. Les genres varient entre le réalisme et le fantastique. C’est l’aspect qui m’a un peu moins plu de ce recueil. Hilda Alonso m’avait habituée à des voyages magiques, à la rencontre de créatures fantastiques et je n’ai pas retrouvé cette féerie sombre dans ce recueil.

Ce livre est beaucoup plus intimiste, plus personnel et surtout plus réel. J’apprécie toujours autant la plume de l’auteure, noire et poétique ! Elle se permet aussi des petites folies, jouant avec la langue et les mots, pour un résultat détonnant et original. Comme vous pouvez vous en douter avec le titre, ce recueil parle de la sensation de vide. Dans les 13 textes, c’est 13 différentes façons de percevoir ce vide qui sont abordées. Les récits sont assez courts, souvent entre 3 et 10 pages. Je vais maintenant vous parler plus en détail des nouvelles.

Claire Obscurité : l’ombre comme la face vide d’une personne. Une ombre est jalouse du reflet du miroir et s’échappe, laissant sa propriétaire seule, puis revient se venger. Une jolie nouvelle, très poétique sur fond de vengeance, de folie et de musique avec « comme une ombre » de Damien Saez.


L’inestimable : le vide amoureux. Un homme – employé de pompes funèbres s’occupant des incinérations et séparé depuis quelque temps de sa femme – découvre un procédé pour transformer les cendres en pierres précieuses.

« Il faut, pour distinguer davantage les joyaux exceptionnels, les doter de prénoms. »


In Tenebris : la peur du vide. Une personne prend le train et assiste à une catastrophe qui ne la laisse pas indemne. Un beau texte au final étonnant.

« La pesanteur m’immerge plus profondément. C’est un aller trop loin vers l’horizon. Je ne peux pas m’enfuir, je ne peux que m’enfouir, avec la compacité d’une enclume prête à blesser la terre. »


Déraison : le vide imposé par la raison. Un psychiatre perfectionniste et cartésien voit de la fenêtre de son bureau une jeune femme se promener dans le cimetière. Un lien coupable s’établit entre eux et le médecin délaisse de plus en plus son travail pour passer du temps avec l’étrange femme. C’est surtout l’aura de mystère de ce texte qui intrigue et passionne. Un beau texte fantastique.

« La silhouette était toujours là, elle avait même osé s’asseoir sur l’une des tombes. Il avait par-dessus tout en horreur le non-respect des conventions. Il pouvait rompre l’économie naturelle de son expression d’un coup de sang, pour un geste déplacé ou un manquement à la galanterie. »


Le complexe du scorpion : le vide suite à la disparition d’un mythe. Une ode à la gloire et au talent d’Amélie Nothomb ! Je n’ai personnellement jamais lu aucun de ses livres ni aucun article journalistique la concernant, donc je ne connaissais pas les faits évoqués. J’ai cependant trouvé que c’était un très bel hommage à l’auteure (même si elle n’est pas encore morte :p ).

« La morte de Noémie Balhmot fut incroyable. Ses plus avides lecteurs passèrent plusieurs heures dans le déni, certains même éclataient de rire devant cette annonce. Les journalistes furent pris de court : elle faisait partie des personnalités trop jeunes pour qu’une nécrologie eut été soigneusement préparée dans le bien-nommé « marbre ». « 


Rages : la vie comme vide. La protagoniste travaille dans une radio et passe sa vie là-bas. Elle a des horaires de dingue, en fait toujours plus pour au final être toujours critiquée. J’ai trouvé que cette nouvelle nous faisait totalement entrer dans la peau du personnage. Comme elle, on ressent le poids du travail, des critiques, du manque de sommeil qui s’accumule sur ses épaules. On ressent aussi sa combativité qui faiblit, malgré la grande motivation dont elle fait preuve. On lui en demande toujours plus, alors qu’elle en fait déjà trop, jusqu’au point de non-retour.

« Mon malheur est de parvenir à combler les exigences hiérarchiques. Je jongle avec mes brèves, réécrites à la hâte sur un coin de bureau au risque de ne plus arriver à les lire, parviens à changer le mode d’écriture et de ton en quelques secondes, réussis même à donner mes informations de mémoire lorsque l’imprimante fait des siennes à vingt secondes de la prise d’antenne. »


Sarcophage : un vide dans la matière. Une femme maniaque de la propreté se retrouve victime de son obsession.

« Savez-vous combien de temps il faut pour nettoyer de fond en comble mon appartement? À raison de cinq litres de savon noir, de neuf sacs poubelle et de six éponges : trois jours et huit heures. »


Submersibles : la mort d’un être cher comme vide. L’auteure nous parle ici à la première personne d’une femme qui perd sa grand-mère. C’est le texte qui m’a le plus touché du recueil. Je trouve qu’Hilda arrive à décrire parfaitement les émotions qui nous traversent quand on perd quelqu’un de cher. J’avais les larmes aux yeux lors de certains passages, tant ses mots  étaient criants de vérité et de vécu. La chanson « Enjoy the silence » parsème le texte et sert de fond sonore à ce récit prenant sur le deuil.


L’ennemoi : son jumeau comme vide. C’est la plus longue nouvelle du recueil. Un homme décrit sa relation avec son frère jumeau : ils sont à l’opposé total. Lui réussit tout ce qu’il entreprend dans sa vie alors que son frère est un raté qui ne sait prendre aucune décision par lui-même. Ce frère est une tache dans sa vie trop parfaite et il décide de s’en débarrasser. J’ai beaucoup aimé cette nouvelle, car elle se rapproche davantage de l’univers étrange et mystérieux que j’aimais tant dans les récits précédents de l’auteure. Tout en restant dans la réalité, on découvre un autre monde, sombre et malsain, et j’ai adoré ça !

« Malgré tout, l’objet de ma honte me poursuivait sans cesse. Impossible d’avancer sans voir sa silhouette recroquevillée de timidité. Mon brouillon. Mon frère. Mon jumeau. Intolérable part de moi-même qui ratait tout et ne savait pas vivre sans mon approbation. »


Sic transit gloria mundi : le vide de l’éducation. J’ai détesté cette nouvelle. xD Elle ne fait qu’une page, mais est remplie volontairement de fautes d’orthographe ! J’ai eu mal aux yeux et j’ai vraiment eu du mal à la finir. Elle pointe cependant bien le but de l’auteure : montrer que si on ne fait pas un peu attention maintenant à notre orthographe, on va finir par écrire en langage SMS et le monde sera affreux. :p

« C’et moi la décadanse. »


Ex nihilo : le vide sans enfant. Cette nouvelle est racontée par le potentiel enfant d’une femme. Cette femme, d’abord petite fille, a un rêve, celui de devenir maman. Mais la vie est compliquée et les rêves pas toujours faciles à concrétiser. Une petite histoire touchante sur le désir de maternité.

« Le baigneur qui me représente possède une physionomie sommaire mais il suffit à m’avoir créé. Penser, c’est concevoir. Exister, c’est avoir un nom. Aujourd’hui, elle m’a baptisé Frite, afin de rallier en un objet fétiche la totalité de ses plaisirs. »


L’école des flammes : le vide de vie. Une vision poétique de la fin du monde.

« Sans que personne n’y fasse attention, tout a changé. »


Wergeld : le vide technologique. Quand la technologie devient aussi puissante qu’une religion.

« Nous serions incapables de comprendre aujourd’hui le nombre incroyable de contraintes qui régissaient la vie. Il fallait se déplacer, il fallait manger, il fallait produire des poussins mâles incapables de pondre, qu’il fallait broyer vifs. On perdait du temps : on perdait de l’argent. « 

Conclusion

J’ai passé un bon moment de lecture avec ce recueil qui aborde plusieurs conceptions et ressentis du vide. Les textes sont courts, variés, et on y retrouve toujours cette poésie sombre qui caractérise la belle plume d’Hilda Alonso. Une jolie lecture. 🙂

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#FungiLumini

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Une réflexion sur “Perspectives du vide

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