Livres et Gourmandises : Rashômon (2/4)

Un nouvelle une gourmandise (1)

Recueil : Rashômon et autres contes

Auteur : Ryûnosuke Akutagawa

Editeur : Gallimard

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Nouvelle : Figures infernales

Année de publication : 1918


Gourmandise de la semaine

Cette semaine je me suis attaquée à la deuxième nouvelle du recueil Rashômon et autres contes d’Akutagawa en dégustant des mochis glacés. C’est mon grand péché mignon du moment, j’en mange tout le temps et à tous les goûts !

Le mochi est une pâte de riz gluante que l’on retrouve dans de nombreuses pâtisseries japonaises telles que le daifuku, l’ohagi ou encore les dangos. Comme l’annonce le nom, il y a de la glace au centre du mochi. Elle peut avoir plusieurs goûts comme vanille, chocolat, mangue, azuki (pâte de haricot rouge japonais) ou encore patate douce ! On en trouve plutôt facilement en France ou en Belgique quand on se rend dans un restaurant de sushis. N’hésitez donc pas à en goûter si vous en avez l’occasion.

Comme cette gourmandise est plutôt rafraichissante pour la saison, je n’ai rien bu de spécial avec. Mais étant une grande amatrice des contrastes culinaires, je vous conseillerais de boire une bonne boisson chaude après les avoir dévorés :p

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La deuxième nouvelle de ce recueil de Ryûnosuke Akutagawa, intitulée Figures infernales, m’a fort plu, peut-être même davantage que Rashômon. Effectivement, dans cette dernière, il a fallu beaucoup lire entre les lignes pour découvrir que l’intérêt de cette nouvelle se trouvait dans les réflexions post-lecture. Dans Figures infernales, j’ai par contre retrouvé le délice de lire un véritable conte.

Cette nouvelle est beaucoup plus longue que la précédente. Composée de 54 pages, elle est divisée en 18 chapitres, à l’image d’un roman. Figures infernales raconte l’évènement majeur de la vie du célèbre peintre Yoshihidé, un homme aux grands talents pour ce qui est de peindre l’horreur, mais qui est principalement connu du public pour son sale caractère, sa laideur physique et son arrogance extrême. Sa seule qualité est de chérir sa fille unique. Pour son plus grand malheur, celle-ci est entrée au service du Seigneur Horikawa, décrit comme un homme d’une grande bonté. Bien que le peintre aimerait la voir quitter cette place et rentrer à la maison, le Seigneur n’est pas prêt à se séparer de la jeune femme. Pourquoi ? Peut-être est-il secrètement amoureux d’elle ? Ou cherche-t-il simplement à la protéger de son père dément ? Nul ne le saura jamais. Quoi qu’il en soit, le grand Seigneur commande à Yoshihidé un paravent des figures de l’enfer. D’horribles évènements s’enchaineront jusqu’à une fin des plus terrifiantes qui verra la naissance de l’une des plus belles oeuvres japonaises !

J’ai tout d’abord beaucoup aimé la forme du conte dans cette nouvelle ainsi que son développement. On commence par une introduction aux personnages principaux : le Seigneur Horikawa, le peintre Yoshihidé et sa jolie jeune et unique fille. Avec un départ plutôt lent, on a tout le temps pour se familiariser aux protagonistes et à leurs environnements. Après trois chapitres, Akutagawa nous fait entrer dans le vif du sujet en nous décrivant la fameuse peinture « Figures infernales ». A partir de là, on avance de plus en plus vite et de plus en plus profondément dans les noirs tréfonds de cet épisode terrifiant qui nous décrit la réalisation du paravent. Cette narration est très efficace pour nous absorber entièrement dans le récit, de telle manière qu’il est impossible de lâcher le livre des mains avant de savoir le fin fond de cette histoire.

J’ai beaucoup apprécié le narrateur de l’histoire qui se trouve être un simple courtisan de la maison du Seigneur Horikawa. Il s’agit d’un personnage relativement neutre, mais qui a tout de même tendance à prendre le parti de son maitre, comme le veut la loyauté si importante dans la culture japonaise. S’il nous incite plusieurs fois à penser d’une certaine manière, il laisse toujours sous-entendre le contraire d’une manière ou d’une autre. Voici un exemple :

Ainsi, vous pouvez voir que la faveur dont le Seigneur entourait la fille de Yoshihidé était uniquement due à son admiration pour la bonne conduite de cette dernière, et non, comme le prétendaient les rumeurs, à son goût pour les belles femmes. Il faut tout de même reconnaître qu’il y avait eu quelque raison plausible pour faire naître ces rumeurs. 

Finalement, cela nous permet de réellement juger par nous-mêmes les personnages et leurs actes. Le narrateur ne se fait d’ailleurs pas souvent remarquer tout au long du récit, mais lorsqu’il le fait, cela apporte généralement un accent en plus sur les évènements choquants qui ont lieu les uns après les autres.

Il faut également souligner le fait que Figures infernales est beaucoup plus terrifiante et noire que Rashômon. Tout d’abord, le tableau nous est décrit dans tous ses détails. Ensuite, nous vivons la réalisation de celui-ci et assistons de ce fait aux scènes servant de modèle au peintre. Et enfin, la chute de la nouvelle est sans aucun doute l’apothéose de l’horreur. Outre ces aspects visibles aux yeux de tous les personnages présents, nous pénétrons également dans les noires pensées de nos trois protagonistes principaux. Yoshihidé est l’incarnation même de tous les défauts humains et c’est d’ailleurs pour cela qu’il est un génie dans la représentation de l’enfer. Du côté du Seigneur Horikawa et de la jeune fille, peut-on réellement dire que des êtres semblant approcher presque la perfection sont réellement dénués de tout péché ? Ainsi, cet aspect plus intime participe également à la terreur ambiante qui émane de la nouvelle Figures infernales.

La question qui ressort très fort suite à cette lecture est : jusqu’où peut-on aller pour l’Art ? En effet, comme l’explique très bien Yoshihidé, il a besoin de « voir » ces scènes épouvantables pour pouvoir les retranscrire de manière réaliste et vivante sur le papier ou le bois. On comprend donc que pour cela, il fera vivre aux autres et vivra lui-même aussi un véritable enfer, tout cela dans ce seul et unique but.

Comme je l’avais écrit brièvement dans la courte biographie de Ryûnosuke Akutagawa, l’auteur s’est fort inspiré de contes japonais ou chinois, liés la plupart du temps au bouddhisme. Figures infernales ne fait pas exception et est directement tirée du Konjaku monogatari shû (période Heian ; 794-1185), traduit en français par « Histoires qui sont maintenant du passé ». L’un des récits de ce vieux recueil s’intitule Comment Yoshihidé, un peintre de représentations bouddhistes, a pris plaisir à voir sa maison en feu, et a directement inspiré Akutagawa pour la réalisation de Figures infernales. Cette histoire ne sera d’ailleurs pas l’unique réécrite par l’auteur de génie.

Pour terminer cette chronique, il faut savoir que Figures infernales est une oeuvre aimée du peuple japonais qui l’a adapté sous plusieurs formats. Il existe ainsi un film, un manga et un dessin animé (disponible chez Kaze et sur le site de streaming ADN). Il va également sans dire que cette nouvelle a inspiré d’autres auteurs par la suite.

En conclusion, j’ai vraiment adoré Figures infernales, une nouvelle construite de manière efficace pour ceux qui aiment le schéma classique des histoires et contes. J’ai également beaucoup apprécié la noirceur du récit et le souci du détail des différentes scènes qui font vivre ce récit dans notre imagination. Il s’agit donc pour moi d’un gros coup de coeur qui me donne vraiment envie de découvrir rapidement les deux dernières nouvelles qu’il me reste avant de finir ce recueil. Après Rashômon et Figures infernales, je suis déjà capable de dire, je pense, que Ryûnosuke Akutagawa est réellement un grand auteur de littérature ! Il est certain que ne je m’arrêterai pas à cet unique recueil !

Je vous propose de découvrir mon tableau sur Pinterest concernant la nouvelle de Figures infernales. J’y ai épinglé toutes les images qui, selon moi, illustre d’une manière ou d’une autre cette histoire.


Rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir la troisième nouvelle du recueil de Rashômon et autres contes !

Nouvelle 1 : Rashômon
Nouvelle 2 : Figurines infernales
Nouvelle 3 : Dans le fourré
Nouvelle 4 : Gruau d’ignames

La lecture de ce recueil de nouvelles de Ryûnosuke Akutagawa s’inscrit également dans le challenge Bungô Stray Dogs que je me suis lancée personnellement pour découvrir les auteurs classiques de la littérature japonaise ! N’hésitez pas à y participer si cela vous tente également!

#Yuixem

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4 réflexions sur “Livres et Gourmandises : Rashômon (2/4)

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